Jean-Luc Mélenchon et plusieurs autres personnalités de la France Insoumise sont renvoyés, en septembre, devant le tribunal correctionnel pour les accrochages qui avaient eu lien en octobre dernier au siège du mouvement. Jean-Luc Mélenchon a-t-il raison de dénoncer une instrumentalisation de la justice ?

Jean-Luc Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon © AFP / Geoffroy VAN DER HASSELT

D’abord, les faits

La semaine dernière, L’Express révélait que le Parquet de Bobigny avait décidé de renvoyer, en citation directe, devant le tribunal correctionnel Jean-Luc Mélenchon, mais aussi Alexis Corbière, Manuel Bompard et deux autres personnalités du mouvement. Les raisons : obstruction et actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire, le 16 octobre dernier, lors des perquisitions au domicile de Mélenchon et au siège des Insoumis. On se souvient tous des images du chef éructant au visage d’un policier.

Aussitôt la publication de cette nouvelle, au motif qu’il n’aurait pas reçu officiellement la convocation, le leader Insoumis et ses amis s’empressaient de dénoncer « la collusion entre la presse et la justice » d’autres estimant sans ambages que le pouvoir avait tenu la main du procureur de Bobigny.

En réalité, sur le fond cette décision n’a rien de surprenant et Mélenchon, Corbières et les autres, se sont d’ailleurs bien gardés d’aller sur ce terrain. En revanche c’est sur la forme qu’ils ont réagi, comme tous les autres politiques aux prises avant eux, avec la justice. Les arguments de Mélenchon sont peu ou prou les mêmes que ceux du Rassemblement national quelques temps plus tôt : acharnement des juges, qui seraient aux ordres du pouvoir, et la presse à leur solde…

Mais, vous savez, cette stratégie de défense n’est pas réservée aux partis populistes. Fillon en 2017, tenait à peu près le même langage et si vous remontez dans le temps, vous verrez que Sarkozy, Pasqua, Chirac et tous les autres de droite et de gauche avaient la même posture. Je me souviens même qu’au début des années 1990, les socialistes parlaient de « cambriolage judiciaire » pour dénoncer une perquisition.

Mélenchon fait donc comme tous ses prédécesseurs empêtrés dans les affaires…

Les politiques ne supportent pas que les juges s’intéressent à leurs affaires. L’attitude de Mélenchon hurlant que sa personne est sacrée, en est l’illustration.

Et pour se défendre ils ressassent l’argument usé du complot.

Pour avoir suivi les affaires judiciaires pendant plus de 25 ans, je peux vous affirmer que cela n’a pas de sens. La justice financière, qui traite les dossiers politiques, peut évidemment se tromper, mais elle est sans doute une des plus indépendantes des grandes démocraties.

Le problème est que cette théorie du complot judiciaire a fini par infuser dans l’opinion qui semble désormais convaincue que chaque décision est politisée. Or cette situation présente un vrai risque démocratique. En s’attaquant à l’institution judiciaire, pour défendre leurs intérêts particuliers Mélenchon ou Le Pen aujourd’hui, comme tous les autres avant eux, en sont les premiers responsables.

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