Dans la salle du congrès fondateur des Républicains samedi dernier, Alain Juppé a essuyé quelques sifflets. Mais cela le dessert-il vraiment ?

Alain Juppé à l'inauguration de la la Place Charlie pour la liberté d'expression
Alain Juppé à l'inauguration de la la Place Charlie pour la liberté d'expression © AD/France Inter

Je voulais revenir sur ces sifflets, qui sont quand même le degré zéro de la politique, le mode d'expression le plus primaire qui transforme le militant en cousin germain du supporter aviné qui hurle « aux chiottes l'arbitre ! » devant sa télé. Vous me direz, Juppé commence à être habitué. Il s'était déjà fait siffler en février pendant une réunion de l'UMP et en novembre, quand il avait accueilli Nicolas Sarkozy à Bordeaux. Vous savez quoi ? Ça l'amuse. C'est un vieux loup de mer, Juppé, il sait très bien que les sifflets sont souvent orchestrés, que ça fait partie des petites manip' classiques des congrès politiques.

En l'occurrence, ça le sert parce qu'il a construit toute sa stratégie pour 2017 en dehors des partis, qui sont détestés par les Français. Et surtout, ça se retourne contre Sarkozy. Le congrès de samedi, ça devait être l'image de la famille de droite réunie. Or, le vernis du rassemblement a craqué. Pas très « républicain », tout ça.

Hier soir sur France 2, Nicolas Sarkozy a dit qu'il regrettait cette bronca. Mais en vérité, ça lui fait plutôt plaisir. Dans ses meetings, il adore faire siffler Christiane Taubira, ça marche à tous les coups. Et pourtant, les sifflets, il a horreur de ça ! Il est encore traumatisé par ceux qu'il a subis en 1995 pendant un meeting de Jacques Chirac, lui le « traître » balladurien. Il en parle encore, vingt ans après : «J'ai été humilié, sifflé, jeté ! ». Les sifflets, ça le met en pétards, ça lui fait perdre ses moyens. L'ancien préfet de la Manche en sait quelque chose : il avait été muté en 2009 parce que l'ancien président s'était fait huer. Autre exemple : cet hiver, Sarkozy s'était retrouvé face à une salle hostile de militants anti-mariage gay, et il avait fini par lâcher qu'il abrogerait la loi Taubira ! Tiens, je vous donne une info. Vous savez pourquoi il n'est pas allé aux cérémonies du Panthéon ? C'est un dirigeant UMP qui me l'a avoué :

« Par peur d'être sifflé ».

Qu'est-ce que la réaction d'un politique face aux sifflets et aux insultes révèle de lui ?

C'est un des meilleurs baromètres de résistance d'un homme politique. Vous vous souvenez peut-être de François Mitterrand, qui s'était retrouvé face à des manifestants qui criaient : « Mitterrand, fous le camp ! ».

L'ancien président avait répondu : «Ça rime, mais c'est une rime pauvre ».

Mais le champion, c'est Jacques Chirac. Un jour, dans la foule, un homme lui avait hurlé «Connard ! » Il s'était dirigé vers lui et lui avait lancé en lui tendant la main : « Enchanté, moi c'est Jacques Chirac ! »

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