On le croyait apaisé, assagi et voilà que Jean-Luc Mélenchon alimente de nouveau les polémiques.

Jean-Luc Mélenchon lors de la marche contre les pesticides à Marseille en mai 2017
Jean-Luc Mélenchon lors de la marche contre les pesticides à Marseille en mai 2017 © AFP / BERTRAND LANGLOIS

Par Renaud Dély.

Vous vous souvenez forcément de sa très belle campagne présidentielle. De ses envolées lyriques. C’est en apparaissant en vieux sage apaisé, rassembleur, que Jean-Luc Mélenchon s’était envolé dans les sondages. Il y avait un côté Hugolien dans ses prestations devant des foules enthousiastes. Le leader de la France Insoumise était en colère, c’est vrai, mais c’était une « colère saine » comme disait Ségolène Royal. Une colère sincère, une colère qui ne faisait pas peur mais se voulait au contraire porte-parole des souffrances du peuple, les souffrances « des gens » comme il dit.

Résultat, un vrai succès dans les urnes avec 19, 5 % des voix ! Et puis, patatras, le voilà rattrapé par ses sautes d’humeur. Mélenchon s’en prend de nouveau aux journalistes, insulte ses adversaires politiques. Il ne désigne plus le président Macron que de la formule « l’autre ». Et il a même accusé, Bernard Cazeneuve, je le cite, de s’être « occupé de l’assassinat de Rémi Fraysse », une phrase qui lui vaut d’être menacé d’une plainte en diffamation de la part de l’ancien Premier ministre.

Mais pourquoi Jean-Luc Mélenchon se laisse-t-il ainsi de nouveau aller à la polémique ?

Pour une raison simple et assez surprenante. Au fond, le candidat de la France Insoumise n’a toujours pas digéré d’avoir perdu l’élection présidentielle. Il était tellement convaincu d’être au second tour qu’il s’était pour tout dire un peu monté la tête. Je l’ai rencontré il y a quelques jours et le premier truc qu’il vous dit, un mois après le premier tour de la présidentielle, c’est : « 600 000 voix ! Il m’a manqué 600 000 voix, c’est rien, hein ? C’est pas passé loin… »

Mélenchon répète ça comme une obsession parce qu’il s’est convaincu d’avoir été victime d’un complot. Un complot de qui ? De la presse, évidemment. C’est à la mode comme explication… Marine Le Pen et François Fillon pensent à peu près la même chose, Emmanuel Macron s’y est mis depuis quelques jours avec l’affaire Ferrand, et Mélenchon, lui, il en est certain : si des journalistes n’avaient pas déniché la fameuse Alliance bolivarienne à laquelle il voulait faire adhérer la France en cas d’élection, il serait entré à l’Elysée. Les journalistes n’ont rien inventé, c’était dans son programme, et il n’a jamais mais été vraiment capable d’expliquer ce que c’était mais c’est dit, c’est de la faute de la presse. « Il a manqué à Jean-Luc sept voix par bureau de vote, répète son entourage, c’est rien, c’est trois fois rien… »

Deux points de moins que Marine Le Pen, c'est rageant

C’est vrai qu’avec seulement deux points de moins que Marine Le Pen pour arriver au second tour, c’était serré, et on comprend que ce soit frustrant. Mais enfin, rappelons que Jean-Marie Le Pen n’a devancé Jospin que de 200 000 voix en 2002, soit trois fois moins, et que Giscard n’a battu Mitterrand que de seulement 400 000 voix en 1974. Et on n’a pas souvenir que l’un ou l’autre aient contesté les résultats… En fait, ce qui frustre vraiment Mélenchon c’est qu’il est convaincu que son diagnostic sur la crise du pays et du système politique était juste.

« Moi, je suis un intellectuel dit-il, et pour un intellectuel, il n’y a rien de mieux que de voir ses théories s’accomplir dans la réalité… » Le problème, c’est que c’est Macron qui a empoché la mise et ça, Mélenchon ne le supporte pas.

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