Emmanuel Macron envisage d’allonger la durée des cotisations pour les retraites. Il veut aussi baisser les impôts, mais pas question de rétablir l’ISF. Le président est de plus en plus marqué à droite, au risque de se fragiliser à gauche. Comment expliquer cette tendance?

Trois raisons: 

D’abord, même s’il s’est fait élire sur « le ni droite ni gauche », Emmanuel Macron s’inspire d’une philosophie axée sur l’individu plutôt que sur le collectif. 

La deuxième raison c’est sa lecture de la crise des gilets jaunes. Le chef de l’état a entendu « le moins d’impôt et le moins d’Etat » des manifestants plutôt que la nécessité d’une redistribution fiscale. 

Enfin la troisième raison est plus politique. La présidentielle et les législatives ont fait implosé la gauche mais pas la droite qui reste, bien qu’ébranlée, encore solide, beaucoup plus que la gauche. Que ce soit le Rassemblement national mais désormais, aussi, les Républicains dopés par l’effet Bellamy.   

Jusqu'à présent, cette stratégie semblait plutôt cohérente, mais elle risque de trouver ses limites

A droite d’abord où l’on voit le chef de l’Etat se livrer à une surenchère qui ne lui ressemble guère. Jeudi dernier, il appuyait fortement sur des thèmes tels que les barrières à l’immigration, les racines de la France, la résistance à la mondialisation. Et, de l’autre côté, la gauche risque de se rappeler à lui. Ce sont les électeurs de gauche qui ont élu Emmanuel Macron à l Élysée. Et une partie de sa majorité à l’Assemblée nationale issue des rangs socialistes pourrait finir par se manifester un peu plus vigoureusement. 

Même affaiblie, la France Insoumise garde de l’influence et le PS avec Place publique et même le Parti communiste, avec une nouvelle génération incarnée, par exemple, par Ian Brossat, tête de liste aux Européennes, pourraient tout à fait renaître de leurs cendres. Avec les Ecologistes, ils s’y emploient  localement pour préparer les municipales.  En outre, la victoire, même relative, des socialistes en Espagne, est de nature à leur donner de nouveaux espoirs.  

Que peut faire Emmanuel Macron ?  

Il maintient son cap en matière sociale, même s’il n’aime pas ce terme. Cela passe par aider les plus démunis comme les mères célibataires et les petites retraites. Assurer l’égalité des chances à l’école comme la loi Blanquer sur le dédoublement des classes en primaire le prévoit. Enfin ouvrir l’accès  le plus large possible à l’emploi. C’est à dire lutter contre le chômage.  Ce sont des politiques structurelles qui prennent du temps, beaucoup de temps, avant de produire leurs fruits. Probablement pas avant 2022.

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