Par Alexandre Sulzer

Après un long week-end de Toussaint à Bordeaux, Alain Juppé réattaque sa campagne pour la primaire de la droite demain. Mais pas n’importe où. A Argenteuil, dans le Val d’Oise. Et pas n’importe où non plus à Argenteuil. C’est sur la dalle, dans le quartier sensible du Val d’Argent, qu’Alain Juppé a convié élus et caméras.

La dalle, c’est là qu’il y a onze ans presque jour pour jour, Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, a lancé son cultissime : “Vous en avez assez de cette bande de racailles? Et bien, on va vous en débarrasser…” Alain Juppé, lui, préférerait se débarrasser de Nicolas Sarkozy. Et dans la dernière ligne droite de la campagne, son plan, c’est de prendre le contre-pied total de son adversaire. Sarkozy divise ? Met le feu aux poudres ? Juppé veut rassembler le plus large possible.

D’où ce déplacement à Argenteuil. Jeudi dernier, Alain Juppé s’était déjà rendu dans les quartiers Nord de Marseille. Un plan mûrement réfléchi. Un très proche de l’ancien premier ministre me confiait récemment: “En septembre, c’était le régalien. Début octobre, l’économie. Maintenant on est dans la séquence gaulliste…” Ce proche insiste et explique : "Juppé veut montrer que LUI, peut s’adresser à tout le monde”.

Du côté de Sarkozy, on ricane. Un conseiller me glissait encore hier : “Juppé se trompe d’élection, c’est une primaire de la droite, pas le second tour de la présidentielle”. Pour l’équipe Sarkozy, les électeurs de droite “veulent une alternance claire”, pas un candidat qui “se montre ouvert à tous les vents”.

Vous l’avez compris, ce n’est pas Sarkozy que l’on surprendra à se balader dans une cité de banlieue. Son camp explique que “ça sert à rien. A Marseille, Juppé était pincé au milieu des caméras et n’a rencontré aucun habitant alors que Sarkozy passait des moments super cools avec des boulistes.”

Et, pour avoir suivi Alain Juppé dans les quartiers Nord jeudi dernier, je peux vous dire qu’il n’a en effet pas croisé grand monde. Si ce n’est quelques responsables associatifs, triés sur le volet. Demain à Argenteuil, c’est encore le matin, quand le quartier est calme, qu’Alain Juppé fera son déplacement. En 2005, Nicolas Sarkozy s’y était rendu, lui, à 22h30, histoire de s’assurer qu’il croiserait bien quelques jeunes remontés contre lui.

Pour l’instant d’autres déplacements en banlieue ne sont pas prévus. Il faut diversifier les publics. Son entourage en est convaincu : “la logique de la primaire ouverte, c’est qu’il y a des électeurs à prendre partout”.

Après la banlieue, c’est aux ruraux qu’Alain Juppé s’adressera. Le week-end prochain, il mettra le cap sur la Dordogne et sur la Corrèze. La Corrèze, c’est la terre de François Hollande, dont Alain Juppé veut piquer les électeurs déçus. Mais c’est surtout celle de Jacques Chirac. Comme dirait Nicolas Sarkozy à des journalistes après avoir fait un sous-entendu : “si vous y voyez un message, vous avez raison…”

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.