Par Benjamin Sportouch, journaliste politique à l'hebdomadaireL'Express

C'est une nouvelle mode chez les politiciens : la mode "des pétitions".

christian estrosi compte lancer une pétition contre la politique pénale de christiane taubira
christian estrosi compte lancer une pétition contre la politique pénale de christiane taubira © reuters

C’est un outil dont nos politiques raffolent ces derniers temps. Jean-François Copé vient d’en lancer une pour demander à François Hollande un moratoire sur la réforme des rythmes scolaires. Le président de l’UMP est particulièrement friand des pétitions. C'est sa troisième en un an. La première date de septembre 2012, contre le vote des étrangers aux élections locales ; la seconde en début d'année contre le mariage pour tous. L'UDI de Jean-Louis Borloo avait de son côté réclamé sans grand succès « une pause fiscale ». Une véritable pétitionnite aiguë.

Et cela toucheaussi bien la droite que la gauche . Le PS n’est pas à l'abri de cette frénésie pétitionnaire. Le collectif « la gauche populaire », qui regroupe des députés socialistes, plaide dans un manifeste pour plus de pouvoir d’achat. Là aussi, prière de signer en bas de la page ou plutôt de cliquer sur le formulaire en ligne.

Une vitrine médiatique à peu de frais. C’est en effet un moyen facile, pas cher, de faire du buzz. Et aussi, ce n’est pas anodin, de récupérer des coordonnées de potentiels adhérents ou soutiens.

La pétition permet aussi d'être à l'écoute des problèmes des Français. Du moins à première vue, on peut se dire qu’il y a là une forme de démocratie directe, une attention honorable des dirigeants politiques aux préoccupations de leurs concitoyens. Voilà pour l’écume.

Car cet appel à l’opinion publique est d'abord un aveu d’impuissance politique. La pétition est habituellement le moyen de se faire entendre de ceux qui en sont dépourvus. Par exemple des usagers mécontents de leurs transports en commun ou des services publics.

Elles aboutissent parfois. Au contraire, les pétitions purement opportunistes émanant des politiques n'ont aucun effet. Sauf celui de remettre en cause leur propre légitimité. Parce que cette légitimité, nos élus la tirent de l’élection, et qu’ils la sabotent eux-mêmes en cherchant des approbations éphémères, au coup par coup .

Ils disqualifient les corps intermédiaires – associations, partis politiques, syndicats- qui sont des rouages sérieux et reconnus. Parce qu'il avait voulu s'en affranchir en 2012, Nicolas Sarkozy s'était 'ailleurs attiré les foudres de son propre camp.

Sans compter la fragilité même de la démarche. Comment estimer le seuil de signatures à partir duquel la pétition est un succès ?

Quelle est, aussi, la valeur aujourd’hui d’une signature quand internet a banalisé accord et désaccord, approbation et désaveu ? On manifeste en effet de la même manière son goût pour un nouveau yaourt que son soutien à un bijoutier qui a tué son agresseur. S’il estime que sa cause est la bonne, un élu doit avoir le courage de la défendre dans toutes les instances représentatives prévus par les institutions. Sans chercher un supplément démagogique. Susciter sans cesse l’adhésion, c’est céder à la facilité, c’est pratiquer une démocratie de boutiquiers en privilégiant l'impulsion plutôt que la raison. Souvent dans un souci de publicité égocentrique.

Comme lorsque Christian Estrosi, le député-maire UMP de Nice, juge pertinent de lancer une pétition contre la réforme pénale de Christiane Taubira en visant la personne de la garde des Sceaux. Placer au cœur de l’action politique l’opinion publique est une dangereuse chimère. L’opinion publique, disait Oscar Wilde, est celle de ceux qui n’ont pas d’idées. C'est la négation du rôle qui incombe à nos élus.

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