Des Grenelle, des états généraux, des tables rondes… le gouvernement ne cesse d’en organiser. Mais pour quelle utilité politique ?

Ce matin, les professeurs retrouvent leurs élèves dans un contexte sanitaire délicat. Pour les réconforter, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer leur a annoncé l’organisation d’un Grenelle consacré à la hausse des rémunérations pour 2021. Hier, sur France Musique, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a, elle, annoncé le lancement d’Etats généraux des festivals. Ce sera à Avignon en octobre prochain. Et rappelez-vous, avant l’été, le gouvernement organisait son Ségur de la Santé. Bref, désormais l’exécutif n’a plus que le mot concertation à la bouche. 

Mais vous ne trouvez pas ça bien, un peu de concertation ?  

Si bien sûr, d’autant qu’au début du quinquennat, Emmanuel Macron disait ne pas vouloir entendre parler de ces vieilles méthodes qui ont pourtant fait leurs preuves. En novembre 2018, alors que le mouvement des gilets jaunes venait de débuter, il avait ainsi refusé la proposition de Laurent Berger d’un Grenelle du pouvoir de vivre. Grenelle qui lui aurait sans doute évité quelques semaines de tension dans le pays. Le Grenelle des violences conjugales a eu depuis la vertu de mettre au premier plan un sujet trop souvent oublié dans le débat public. Mais après le grand débat qui a permis à Emmanuel Macron de s’extirper de la crise des Gilets jaunes, la technique dite de la table ronde est en passe de devenir sous ce quinquennat un « truc politique ». Une manière surtout de ne pas répondre tout de suite aux problèmes urgents. Bref de gagner du temps sans apaiser les colères. Avant qu’elle ne soit interrompue par la Covid, la conférence de financement sur les retraites avait ainsi pour but premier de sauver la réforme défendue par le gouvernement Philippe.  

Donc selon vous, il ne faut donc rien attendre de ces rendez-vous ?  

Si, mais il ne faut pas oublier à quel point ce terme de « Grenelle » renvoie historiquement à des décisions ambitieuses. Après mai 68, le premier Grenelle négocié par le gouvernement Pompidou et les partenaires sociaux avait permis par exemple une augmentation de 35 % du smig et de 10 % pour les autres salaires ! A ce stade, on sait que Jean-Michel Blanquer a obtenu 400 millions d’euros supplémentaires pour les hausses de salaires des professeurs, mais initialement, il en réclamait 500 millions. Lors de ses Etats généraux des festivals, la ministre de la Culture veut, elle, je la cite, recueillir « une substance pour irriguer une réflexion qui permettra de nourrir un autre mode de festival ».  Tiens, il faudrait peut-être organiser une table ronde pour méditer cette phrase…

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