J'ai accompagné Bernard Cazeneuve lundi soir à Bordeaux, où le ministre de l’Intérieur participait à un meeting. Le premier flic de France est sous haute pression.

Bernard Cazeneuve
Bernard Cazeneuve © MaxPPP/Photo PQR/Voix du Nord

Il est fatigué. Depuis les attentats du 13, il ne dort que 3 ou 4 heures par nuit. Il est sollicité sur tous les fronts : l’enquête, la prévention d’un nouvel attentat, la conférence sur le climat, au Bourget, qu’il faut sécuriser… C’est très lourd ! Mais il ne se plaint pas, Bernard Cazeneuve. Ce n’est pas son genre. Vous le connaissez : il a un côté très british. Pudique, réservé. D’une voix très calme, il répète qu’il ne fait que son « devoir ».

On a beaucoup parlé de la manière dont François Hollande avait encaissé le choc du 13 novembre. Mais on a peu parlé de la manière dont Bernard Cazeneuve, pourtant en première ligne, avait vécu cet évènement. Dans les premières heures, il s’est concentré sur l’action. Et puis, il y a eu le « chagrin ». Le mot est de lui. Il parle d’un « chagrin immense ». Pour évoquer ce qu’il ressent, Cazeneuve fait référence à un écrivain, Henri Calet. Vous savez, cette fameuse phrase : « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes ».

Je le cite : « Quand on est ministre de l’Intérieur, on vit avec la mort. Mais on ne s’habitue jamais à la mort. » Il dit aussi : « Il faut prendre sur soi. Je ne suis pas une machine. Mais je n’ai pas droit à la moindre faiblesse. »

Dans le dernier baromètre TNS-One Point pour Le Figaro Magazine, Bernard Cazeneuve gagne 7 points d’opinions positives. Il est le deuxième ministre le plus populaire, après Emmanuel Macron. A Bordeaux, à ce meeting socialiste, il a été accueilli comme une rock star : deux standing ovation ! A voir son petit sourire, je peux vous dire qu’il était assez content, Bernard Cazeneuve ! Lui, évidemment, assure qu’il ne se laisse pas « griser » par les bons sondages.

Il m’a confié une anecdote : de temps en temps, il s’attarde dans le hall du ministère. Là où sont accrochés les portraits de tous les ministres de l’Intérieur. Il se dit : au fond, combien de ces ministres sont restés dans la mémoire des Français? Réponse : très peu. Il en tire cette conclusion, je le cite : « Mieux vaut s’effacer derrière l’exercice de l’Etat. Plutôt que de gouter à la dimension narcissisante du pouvoir. Parce qu’à la fin, il n’en reste rien. »

Il y a un petit côté vanité des vanités. Cela ne veut pas dire qu’il est sans ambition, loin de là . Certains assurent qu’il rêve de Matignon. Lui s’en défend ! Quoi qu’il en soit, il est habile : il n’a pas donné prise aux critiques sur les failles supposées du renseignement français… Il est respecté, à gauche, comme à droite. Si Hollande est réélu en 2017, il sera très bien placé dans la course à Matignon.

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