Par Marcelo Wesfreid

François Hollande s'exprimera demain devant des chercheurs, dans le cadre d'un colloque sur la gauche et le pouvoir, organisé par la fondation Jean-Jaurès et le think tank Terra Nova . C'est l'occasion de revenir sur le rapport de plus en plus compliqué qu'entretient Hollande avec les intellectuels.

Il est loin le temps où 360 intellos publiaient une tribune pour soutenir Hollande. C'était pendant la présidentielle. Ils filaient des idées pour le programme.

Parce qu'une chose est sûre, ils ont pris leur distance. Pour ne pas dire, ils ont disparu. Alors, Hollande essaie bien de les reconquérir. Il organise un paquet de déjeuners à l'Elysée. Il a au moins quatre conseillers qui lui montent des déjeuners avec des chercheurs, des écrivains, des artistes.

Un exemple : le 12 février. On est le lendemain du changement de gouvernement. On aurait pu penser que le chef de l'Etat a d'autres chats à fouetter. Non, il passe près de trois heures avec des auteurs. Il reçoit à l'Elysée le prof au collège de France Patrick Boucheron, un prof de philo de polytechnique, l'économiste Julia Cagé et d'autres têtes bien faites.

Souvenir d'un des participants : « C'était sympa, mais Hollande ne notait rien, tout lui glissait dessus. Il faisait des petites blagues. On regardait nos montres. On avait l'impression de remplir son temps pour ne pas qu'il s'ennuie. On était les fous du roi invités à la cour pour que le souverain s'amuse... »

L'effet est raté et rappelle un peu ce qui se passait sous Nicolas Sarkozy. Les intellos, c'était pas sa tasse de thé. Il mettait plutôt en avant Didier Barbelivien et les têtes d'affiche populaires.

Là, c'est étonnant parce que les intellos, c'est un milieu de gauche. L'autre fois, un historien qui connaît très bien Hollande m'a expliqué le problème, selon lui : Hollande dit "oui oui" à tout, mais les messages ne sont pas repris. Le président n'en fait rien. Tout le monde perd son temps.

Cette déception, elle est liée à un quinquennat de technocrates. C'est la pensée gestionnaire, les énarques.

Les intellos, eux, leur rôle s'est résumé à intervenir lors des commémorations historiques. De la première guerre mondiale, de la seconde, des 80 ans du Front populaire. Comme ce sera, donc, le cas demain.

Ce divorce va coûter cher en 2017. D'autant que les d'intellos les plus médiatiques sont passés pour la plupart à droite, à l'image par exemple d'Alain Finkielkraut.

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