C'est un symptôme assez significatif de l’état du débat public : la nature du traitement réservé par les candidats aux journalistes.

Par Renaud Dély.

le phénomène n’est pas tout-à-fait neuf. Nicolas Sarkozy avait beau leur confier sans arrêt ses états d’âme, en 2012, déjà, il n’hésitait pas à secouer les journalistes dans certains discours. En la matière, la réputation de Jean-Luc Mélenchon n’est pas non plus à faire. Le Pen a fait bien pire. Et d’autres, bien d’autres se sont laissés aller à faire huer les journalistes. C’est pas bien grave, c’est de bonne guerre. D’autant que les journalistes politiques, j’en connais quelques-uns, et d’ailleurs j’en suis, et bien, croyez-moi, ce ne sont pas tous des flèches… Mais là, avec la campagne de Fillon, le degré de tension atteint un niveau rarement vu.

Par exemple, cette tension est apparue de façon spectaculaire lorsque François Fillon a fini par débouler hier après-midi au salon de l’Agriculture. Il était encadré par une escouade de gros bras qui avaient pour mission de limiter les huées, les incidents avec les badauds, les mauvaises images pour la télé. Et les quelques supporters de Fillon, eux, se sont défoulés sur la presse: « Fouteurs de merde », « vous êtes la honte de la France !», les journalistes en ont entendu des vertes et des pas mûres. Comme dirait Fillon, on se serait cru dans un climat de « quasi guerre civile »…

Les médias ne sont pas vraiment exempts de tout reproche, c'est vrai. Sur les chaînes télé d’information en continu, on a même assisté ces derniers jours à un festival d’erreurs, de gaffes et de boulettes. Rien qu’hier matin, en trois heures, on a eu droit à une garde à vue de Pénélope, un retrait de Fillon en faveur de Juppé, ou encore la démission de Patrick Stéfanini…Tout faux !

En fait, on a l’impression que c’est Michel Audiard qui a écrit les dialogues de cette campagne folle. D’un côté, celui de Fillon, le registre est aux « Tontons Flingueurs », du genre « on va leur montrer aux juges rouges, et aux journalistes donc, qui c’est Raoul ! » Et de l’autre côté, celui des nombreux journalistes qui parlent beaucoup sans rien savoir, on récite un autre précepte de Michel Audiard : « C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule ! »

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