Ce matin, vous revenez sur l’utilisation du 49.3 par le gouvernement pour la réforme des retraites. Selon vous, ce passage en force brise plusieurs promesses du macronisme...

Conseil des Ministres
Conseil des Ministres © AFP / Jean-Claude Coutausse / POOL

À défaut de pouvoir en donner la définition, on peut dater la naissance du macronisme. Souvenez-vous de cette photo incroyable. C’était il y a peu plus de cinq ans. Emmanuel Macron, la mâchoire serrée, assis sur les bancs de l’Assemblée nationale. À ses côtés, le Premier Ministre Manuel Valls venait de déclencher l’article 49-3 pour faire passer en force la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques dite… loi Macron. De quoi ruiner tous les efforts du jeune ministre de l’Economie qui avait passé des heures à amadouer les parlementaires de la majorité un par un. Une entrave intolérable à ses yeux. 

Elle nourrira la haine de ses grognards pour le socialiste Valls et balisera la route d’Emmanuel Macron vers l’Elysée. 

Devenu président, Emmanuel Macron a visiblement changé d’avis sur le 49-3 ? 

Oui, même s’il ne s’agit plus comme en 2015 de contraindre une majorité mais de mettre fin à l’obstruction de l’opposition. Bien sûr, l’examen de la réforme des retraites va suivre son cours avec notamment la conférence de financement, mais c’est la brutalité de ce choix qui frappe ici. La méthode s’éloigne encore un peu plus de la bienveillance et de l’optimisme promis par Emmanuel Macron. D’autant que l’exécutif qui revendique souvent son courage politique en a singulièrement manqué ce week-end. 

L’article 49-3 est bien entendu une possibilité offerte par la Constitution. Mais il paraît pour le moins étrange de déclencher cette procédure en catimini, profitant d’un conseil des ministres extraordinaire consacré à l’épidémie de Coronavirus. Sans compter que certains secrétaires d’Etat, qui n’étaient pas présents samedi matin, ont découvert cette information dans les médias, simplement quelques instants avant la prise de parole du premier ministre dans un hémicycle quasi-désert. 

Justement, ça tangue au parlement, dans la majorité ? 

Pour le moment, on n’entend que quelques voix éparses. L’écolo Matthieu Orphelin, déjà en rupture de ban avec la République en marche, dénonce, je cite, "une décision qui n’est pas de nature à apaiser la société". Quant au sénateur Michel Amiel, il a confié au Figaro quitter le parti présidentiel. Selon lui, je le cite "prendre une telle décision au milieu du week-end, en pleine épidémie de Coronavirus, c’est nul, tout simplement, je ne sais pas comment le dire autrement". Pour mémoire, l’acte II du quinquennat était censé être celui du débat et de la délibération.

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