Par Solenn de Royer

Philippe Seguin
Philippe Seguin © Corbis / Bourguet Jacques

En ce jour des morts, si on parlait du fantôme qui hante François Hollande ? C'est celui de l'ancien Président de l'Assemblée Nationale : Philippe Seguin.

La semaine dernière, j’ai déjeuné avec Julien Dray, un fidèle lieutenant du président qui, ce jour-là, avait une obsession : retrouver un discours que Philippe Seguin avait prononcé à Bondy, fin janvier 1995...

A l’époque, Seguin soutenait Chirac, qui était au fond du trou dans les sondages. Balladur était le grand favori de la présidentielle !

Dans ce discours, le maire d’Epinal, regard noir, voix de stentor, avait habilement ironisé sur le thème : mais pourquoi donc aller voter, l’élection est déjà pliée, Chirac a déjà perdu, Balladur a gagné.

Ce discours, qui est entré dans l’histoire politique, avait relancé la campagne de Jacques Chirac, qui avait commencé à remonter dans les sondages. Evidemment, vous l’avez deviné, Julien Dray fait une analogie entre la situation de Jacques Chirac en 95 et celle de François Hollande aujourd’hui : aux tréfonds des sondages, méprises, moqués, conspués et surtout… lâchés par tous.

Depuis quelques jours, on le voit, c’est panique à bord au PS : les députés, le président de l’Assemblée, le premier ministre, tous veulent quitter le Titanic, c’est haro sur François Hollande !

En 1994-95, c’était pareil pour Chirac : un député LR (donc ex-RPR) me racontait que le maire de Paris invitait les députés à dîner, mais que personne ne venait. Personne ne prévenait non plus, d’ailleurs. Chirac était seul.

Seul Comme François Hollande aujourd’hui. Pourtant, on avait compris que le président s’inspirerait plutôt de la campagne de François Mitterrand en 1988. C’était le plan de départ. Hollande devait incarner le « président protecteur », la « France unie », comme « Tonton » l’avait fait en 1988.

Mais sa situation politique s’est tellement dégradée depuis la sortie du livre de confidences qu’il a dû changer ses plans. La « France unie », évidemment, ça ne peut pas vraiment marcher, alors qu’au sommet de l’Etat, on se déchire sur le nom du futur candidat du PS pour 2017 !

Il fallait donc raconter aux Français une autre histoire, une autre fable… Cette fable, c’est David contre Goliath, « Monsieur 4% » contre le grand favori des sondages, Alain Juppé… !

Hollande veut donc s'inspirer de la campagne de Chirac en 1995. L’Elysée n’a plus qu’un mot à la bouche : proximité ! Fini les grands discours ! Hollande va multiplier les déplacements de terrain : trois par semaine ! Jeudi, par exemple, il sera en Normandie : deux départements, quatre villes, en une seule journée !

A chaque fois, il rencontrera les élus locaux et donnera des interview à la presse locale. Il veut « labourer les territoires », comme on dit à l’Elysée.

Pour le New York Times, il y a bien un fantôme dans cette histoire. Ce n’est pas celui de Philippe Seguin, ni même celui de Jacques Chirac. C’est celui de François Hollande. Et le quotidien New Yorkais, dans son édition de lundi, d’ironiser sur cette vie politique française hantée par les morts vivants !

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