manuel valls défend son bilan
manuel valls défend son bilan © reuters

C'est l’obsession de Manuel Valls. Chez lui, la question des Roms, ce n’est pas simplement le sujet polémique du moment. Il faut rappeler que c’est une fixette depuis qu’il est ministre de l’Intérieur. Je vous le prouve en trois dates.

31 juillet 2012 : il revendique le « démantèlement des campements de Roms ».

15 mars 2013 : il assure que « les Roms ne souhaitent pas s’intégrer dans notre pays ».

Et puis 24 septembre, sur France Inter, il dit : « les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ».

Un important ministre confie, un peu effondré : « Les Roms ce sont 20 000 personnes, il faut qu’il arrête… » Mais Valls n’a pas l’air de vouloir baisser la pression.

Sur ce dossier des Roms, va-t-il trop loin ? Reconnaissons que ses déclarations ont le mérite de la clarté. Mais, à gauche, la tradition est plutôt à l’hospitalité, à la solidarité, à l’accueil. Ne pas tenter de faire preuve de compassion, au moins pour la forme, est une erreur. Rien que parce que le but ultime de Valls est d’être Président. Là, il se coupe d’une partie de l’électorat de gauche dont il aura besoin pour réaliser son rêve.

Et puis, il étouffe lui-même les autres sujets qui le concernent. D’après lui, les chiffres de la délinquance sont en baisse depuis qu’il est place Beauvau. Mais qui s’y intéresse ? Pas grand monde.

Pourtant, bon nombre d’élus soutient Manuel Valls dans ce dossier des Roms. Les élus sont d’accord avec lui. Comme le maire PS d’Evry Francis Chouat, qui déplore dans Le Monde que, je cite, « dans de nombreux camps s'exercent des commerces illégaux, la mendicité des enfants, la prostitution… ». Ou comme les 16 élus qui signent une tribune dans le JDD pour le soutenir. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner qu’ils ont en tête les municipales. Après tout, 77% des Français pensent que Valls a raison de dire qu’il faut renvoyer les Roms en Bulgarie et en Roumanie. Mais le calcul est risqué. Les Roms sont une préoccupation, mais rien ne dit que la gauche sera plébiscitée pour répondre au problème. Pour être clair, de nombreux responsables socialistes pensent que c’est le FN qui récoltera les fruits des prises de position de Manuel Valls.

Au final, pour Valls lui-même, cette polémique sur les Roms, est-ce une bonne ou une mauvaise opération ? Manuel Valls veut rompre, cliver, transgresser. Il pense que l’audace finira toujours par payer. Sauf que son audace commence à agacer.

D’abord, Jean-Marc Ayrault , qui s’est fait un plaisir de recadrer le ministre de l’Intérieur dont il a du mal à supporter l’omniprésence.

C’était hier à l’Assemblée nationale, lors des questions au gouvernement. Il n’y va pas par quatre chemins :

L’intégration est possible quand on respecte les lois de la République. Il n’y a pas de raisons d’exacerber toutes ces questions difficiles, le devoir des hommes d’état c’est d’avancer concrètement les solutions .de faire progresser de pas mettre les uns contre les autres de régler les problèmes alors j’appelle tout le monde au sang froid. __

Valls agace. Valls lasse, aussi. Sa côte de popularité chute en septembre, dans deux baromètres. Ipsos pour Le Point et BVA pour l’Express . Dans les deux cas, Alain Juppé devient la personnalité politique préféré des Français à la place de Valls. Une première.

Et puis à force de provoquer, il mobilise contre lui. Cécile Duflot a profité de la sortie de Valls sur les Roms pour masquer l’état délétère d’Europe Ecologie Les Verts, en déclarant que le ministre de l’Intérieur s’attaquait au « pacte républicain. » Benoît Hamon, qui était planqué à Bercy, s’est refait une santé ce week-end en attaquant Valls. Un Benoît Hamon qui a sa petite explication quant au comportement de Valls. Il juge que son collègue est atteint par « l’ivresse des cimes. » Attention à la redescente.

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