Par Nathalie Schuck, journaliste politique auParisien/Aujourd'hui en France

« Quand les hommes politiques veulent soigner leur images » : cela donne parfois quelques mésaventures photographiques !

Je vous propose, pour commencer, de faire un peu d'archéologie. Vous vous souvenez peut-être de ce reportage photo publié dans Paris-Match en janvier 1995 ? Oui je sais, vous allez me dire: non, pas du tout. Je vous rafraîchis un peu la mémoire : Edouard Balladur, candidat à la présidentielle, posait dans son appartement bourgeois du XVIe arrondissement, au milieu des dorures et des fauteuils Louis XV. Loin, mais alors très très loin du quotidien des Français. C'est ce qu'on appelle une grosse boulette politique, pour ne pas dire carrément un crash photographique.

  • Visiblement, la leçon n'a pas porté ses fruits.

Non puisque deux hommes politiques, et pas des moindres, viennent de se prendre les pieds dans le tapis. Je passe rapidement sur François Fillon. Vous avez sûrement vu ou entendu parler de ces photos dans Paris-Match . Oui, encore Paris-Match , "le choc des photos", on ne peut pas dire qu'il n'était pas prévenu... François Fillon, donc, prenant le thé en famille, so british , devant son manoir de la Sarthe. Que dis-je son manoir? Son château ! François Fillon en photo à bord d'une voiture de course. François Fillon avec un cheval. Stop, j'arrête là !

On a compris, François Fillon est candidat, il doit s'humaniser comme disent les pros de la com', il doit fendre l'armure, tuer le Droopy qui est en lui. C'est raté. Parce qu'en le voyant, on se dit que François Fillon est un "grand bourgeois", comme disait Fadela Amara ! Et c'est d'autant plus étonnant qu'il avait résisté pendant cinq ans aux sirènes de la communication.

-Illustration avec cet extrait d'une interview de Francois Fillon à Matignon, c'était en 2008, face à Arlette Chabot.

Mais ça, donc, c'était avant... L'autre bourde photographique, elle nous vient de François Hollande, mais ça n'est pas tout à fait de sa faute. La semaine dernière, le président de la République a accordé une longue interview au journal Le Monde pour convaincre les Français qu'il faut "punir" le régime syrien. Il est même prêt, le Président, à frapper tout seul si Barack Obama n'y va pas !

Oui mais voilà, patatras, grosse colère à l'Elysée en découvrant la Une du Monde : François Hollande, avachi dans son fauteuil, la cravate de travers, les mains levées en l'air, comme s'il nous disait 'ouh la la, on n'est pas pressé', et pour ne rien arranger le visage bouffi. Parce que, pardonnez-moi d'être désagréable, mais la courbe de poids du Pésident est de toute évidence inversement proportionnelle à la courbe du chômage. En clair, il a un peu grossi...

- D’ailleurs, sur cette question d'image, l'Elysée a vite rectifié le tir.

Le soir même! Parce que ça ne faisait pas vraiment chef de guerre. Juste avant le bouclage des journaux, le photographe de l'Elysée a diffusé en catastrophe une image montrant cette fois François Hollande en majesté, au téléphone avec Barack Obama. Une photo que Le Parisien a choisi de publier en toute connaissance de cause.

Bref, la guerre, que ce soit en politique ou dans le domaine militaire, c'est aussi une affaire d'images. Mais il faut faire extrêmement attention au ratage.

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