C’est aujourd’hui la rentrée scolaire des élèves et François Hollande accompagnera tout à l’heure la toute nouvelle ministre de l’Éducation dans un collège de Seine-Saint-Denis. Avec la nomination de Najat Vallaud-Belkacem, l’exécutif espère atténuer son virage vers la droite. François Hollande et Manuel Valls ont choisi la jeune femme à la tête de cet énorme ministère certes parce qu’elle a fait ses preuves pendant les deux premières années du quinquennat et notamment à un poste hautement sensible et en même temps ingrat, la fonction de porte-parole du gouvernement. Elle y a excellé dans la langue de bois, mais c’est malheureusement la fonction qui veut ça.

Najat Vallaud-Belkacem, nouvelle ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Najat Vallaud-Belkacem, nouvelle ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche © CC Razac

NVB –c’est son acronyme- est donc rompue à la politiqu e. Elle a également su donner des gages de loyauté à François Hollande. Mais cette nomination est aussi très tactique. L’exécutif s’est faussement étonné des attaques de l’extrême-droite, mais aussi de la droite tout court contre la Ministre et une pseudo théorie du genre. C’était attendu et peut-être même un peu voulu. Car François Hollande et Manuel Valls ont plus que jamais besoin de symboles de gauche. Le tandem a ainsi tout fait pour éviter le départ de Christiane Taubira du gouvernement, quitte à lui laisser une liberté de ton que n’ont pas ses collègues.

C’est le pendant de la transgression sur l’économie : il leur faut plus que jamais cliver sur les dossiers de société pour rassembler, ressouder leur camp. Et pour compenser la nomination d’Emmanuel Macron à l’Economie, en assumant clairement une politique sociale-libérale tournée vers l’entreprise, Manuel Valls a fait ce qu’on appelle en politique de la « triangulation » : il a empiété sur le terrain de l’adversaire en appliquant -en lui piquant, même- certaines de ses idées.

La nomination d’Emmanuel Macron à l’Économie a suscité des remous énormes au sein du Parti socialiste. D’ailleurs Manuel Valls s’est bien gardé de citer son nom aux Universités d’été. La scène était cocasse : au moment où le Premier ministre a commencé à parler de Najat Vallaud-Belkacem, il y a eu un moment de confusion : les militants pensaient qu’il vantait les mérites de Macron et les sifflets ont commencé à jaillir.

Quand ils se sont rendus compte de leur bourde, ce fut aussitôt une standing ovation. Et Manuel Valls en a ajouté dans l’emphase. Écoutez-le, c’était dimanche à la Rochelle :

La frontière entre frondeurs et anti-frondeurs socialistes était abolie l’espace d’un instant. Objectif atteint…

Et ce clivage sera certainement amplifié si Nicolas Sarkozy revient sur le devant de la scène. L’ancien Président demeure un repoussoir pour l’électorat de gauche. François Hollande le sait et c’est pour cela qu’il s’est éloigné de personnalités qui pourraient rappeler de près ou de loin son prédécesseur.Il n’a pas cherché à faire entrer – si tant est bien sûr qu’ils aient accepté et c’était pas gagné !- des figures du MoDem ou de l’UDI. Ça aurait été la provocation de trop. Hollande a fait tout le contraire : il s’est replié sur des valeurs sûres de la gauche qu’incarnent Taubira et Vallaud-Belkacem pour creuser le sillon là où il peut encore le faire.

Si sur l’économie, la gauche ne fait pas différemment que la droite, sur le reste, sur l’école, sur la justice, il n’en est rien: voilà le message. Eux c’est eux, nous c’est nous. Pas sûr cependant que le souffle de la confusion ne l’ait pas déjà emporté !

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