Cette réforme clé va être précisée cette semaine par le Premier ministre. Mais au-delà des aspects juridiques, ce projet est une bombe politique à fragmentation.

Par Jannick Alimi

Pour Emmanuel Macron, cette réforme est avant tout une réponse à l’anti-parlementarisme que les français ont exprimé lors de la présidentielle et des législatives de l’an dernier. Baisse du nombre de parlementaires, limitation à trois mandats dans le temps, dose de proportionnelle, encadrement de la procédure législative. Les axes du projet sont déjà connus mais les modalités restent floues et elles prennent, au plan politique, une tournure surprenante. Pourtant, on voit se dessiner le clivage classique entre la majorité et l’opposition.

A gauche, La France Insoumise y est totalement opposée puisque pour elle la solution consiste à réviser de fond en comble la Vème République. Du côté des Républicains, on se rebellait, notamment contre la proportionnelle, élément perturbateur, à leurs yeux, de l’équilibre gaullien des institutions. Mais, ça c’était avant les discussions menées dans la coulisse entre le Premier ministre Edouard Philippe et les représentants des groupes politiques.

Les choses sont plus complexes qu’il n’apparaît, car, sans peut-être l’avoir voulu vraiment cette réforme est en train de fragmenter une fois de plus la plupart des partis politiques. Contrairement à sa posture initiale, Gérard Larcher, le président LR du Sénat - Sénat dont l’aval est nécessaire pour faire passer une réforme constitutionnelle- présente en fait une échine beaucoup plus souple que ses collègues LR députés. Il est prêt à valider la réforme s’il est assuré d’avoir un sénateur par département et que la proportionnelle soit la plus minime possible. 

Divisions également au PS, où certains jugent inadmissible l’encadrement du droit d’amendement alors que d’autres applaudissent la limitation du cumul des mandats. Mais cette réforme fragmente aussi la majorité présidentielle. En échange du soutien à Emmanuel Macron, François Bayrou, le patron du Modem, avait exigé une proportionnelle au taux fort, soit pas moins de 20 à 25%... 

Alors on peut se dire : mais quelle importance ? Qu’il passe par un Congrès ou par un referendum, Macron aura du mal à mobiliser une opposition unie et univoque. Mais comme l’écrivait Chateaubriand : « Presque toujours, en politique, le résultat est contraire à la prévision. »

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