Marine Le Pen présentera le 15 avril son manifeste pour «changer l’Europe », et cela va être un tournant pour son parti.

La patronne du Rassemblement national s’apprête en effet à dévoiler à Strasbourg, un manifeste qui fera date. Dans ce document, le parti va, en pleine campagne des Européennes, annoncer officiellement que son projet n’est plus de sortir de l’Union ni même de la zone euro. Mais de changer l’Europe de l’intérieur ! Une révolution pour ce mouvement qui, il y a moins de deux ans, lors de la présidentielle, vouait Bruxelles aux gémonies. Florian Philippot, l’ex bras droit de Marine Le Pen, avait senti le vent tourner. Pour la tête de liste des Patriotes, pas de doute : « le Rassemblement national a complètement laissé tomber la sortie de la France de l’Union européenne... » Et par voie de conséquence « le parti a complètement laissé tomber le combat social".  

Pourquoi un tel revirement ?  

Tout d’abord, Marine Le Pen a réalisé que cet euroscepticisme était un plafond de verre qui nuisait à l’élargissement du socle électoral de son parti, vers les seniors et les CSP +, des catégories pour qui la sortie de l’Union est un risque.  Entre ces suffrages et le vote populaire qui avait permis à Marine Le Pen de devenir le premier parti de ces ouvriers fragilisés par la mondialisation et l’ouverture des frontières, Marine Le Pen a donc choisi.   D’autant plus, et c’est la seconde raison, qu’au sein de l’Union, des partis populistes comme ceux de Viktor Orban en Hongrie ou de Matteo Salvini, en Italie changent eux aussi de pied en décidant de révolutionner l’Europe sans en sortir.  

Quelles vont être les conséquences de ce virage ?  

Elles sont doubles.  A droite, le Rassemblement national, avant même le retour éventuel de Marion Maréchal, va viser de plus en plus les électeurs des Républicains. Laurent Wauquiez ou même Bruno Retailleau l'on bien  compris, et leur stratégie de radicalisation n’a pas d’autre but que de retenir un électorat tenté par le RN.  A gauche, tous les partis vont tenter de partir à la reconquête des classes populaires. La France Insoumise, toujours très eurosceptique et qui avait perdu du terrain mais aussi le PS dont l’alliance avec Place Publique marque un virage plus social. Mais l’exercice pour Olivier Faure et Raphaël Glucksmann, deux leaders pro-européens, est plus compliqué. Il leur faut convertir les ouvriers à la foi social-démocrate mais en plus les faire adhérer aux canons bruxellois. C’est loin d’être gagné. Conséquence : les ouvriers risquent de grossir les rangs du premier parti de France, celui des abstentionnistes.

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