Le gouvernement de la Nouvelle Calédonie est tombé, mardi. Après la démission en bloc des indépendantistes de l’exécutif local. Une onde de choc qui s’est fait ressentir jusqu’à Paris.

A Noumea le 18 novembre 2020, le collectif Usine du Sud - Usine Pays, accompagne par l'instance coutumière autochtone de négociation (Ican), organise des marches a travers tout le pays pour s'opposer a la vente de l'usine
A Noumea le 18 novembre 2020, le collectif Usine du Sud - Usine Pays, accompagne par l'instance coutumière autochtone de négociation (Ican), organise des marches a travers tout le pays pour s'opposer a la vente de l'usine © AFP / Theo Rouby / Hans Lucas.

Sur cet archipel français du pacifique sud, on sort de trente ans de paix. Pendant cette période, l’Etat français avait su maintenir la stabilité. La droite, comme la gauche. 

Et voilà que c’est en train de dérailler. Il y a des tensions très fortes sur place. Il y a eu des barrages, des violences. Des indépendantistes ont pris d’assaut, en décembre, la grande usine de nickel de la province du Sud. Elle est maintenant à l’arrêt.

Ils protestent contre la vente de l’entreprise au groupe suisse Trafigura. Ils exigent la nationalisation par l’Etat français de cet énorme employeur. 3 000 personnes. Ce qui, vous me l’accorderez, peut paraître cocasse pour des forces politiques qui demandent l’indépendance… 

Comment le gouvernement Castex suit-il le sujet ?

Edouard Philippe avait prévenu Jean Castex lors de la passation de pouvoirs. A Matignon, on parle beaucoup de la Nouvelle Calédonie. Et il avait ajouté : c’est un processus difficile et complexe. 

Justement, si tous les Premiers ministres font attention, c’est parce que c’est le dossier le plus explosif des outre-mer. Personne n’oublie la guerre civile et les prises d’otage dans les années 1980…

Il y a eu récemment deux référendums sur l’indépendance. Des scrutins perdus par les indépendantistes. Mais l’écart se réduit. Les accords de Nouméa, signés il y a 22 ans, prévoient qu’on fasse un troisième et dernier référendum d’ici à 2022. 

On est donc à la fin du processus. Et personne ne sait à quoi va ressembler la suite. Ce qui explique sans doute les crispations en cours et l’envie d’une partie des indépendantistes de jouer la politique du pire.

Le gouvernement français va devoir s’impliquer. Rétablir l’ordre. Trouver une solution pour l’usine du Sud.

C’est le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, qui doit s’y atteler. Il veut obliger les indépendantistes et les loyalistes à préciser leurs projets : quelle type d’indépendance ? quel statut en cas de maintien dans la République ? 

Mais il n’est pas le seul à s’en mêler. Dans l’opposition, le président du Sénat Gérard Larcher, le deuxième personnage de l’Etat, a décidé de présider lui-même une mission sur la Nouvelle Calédonie.

On le voit, la situation commence à être prise très au sérieux. Il ne faudrait pas qu’un référendum aux antipodes dégénère et s’invite dans la prochaine présidentielle. 

L'équipe
  • Marcelo WesfreidJournaliste au service politique du Parisien / Aujourd'hui en France