Par Nathalie Schuck

Tous ceux qui l'ont rencontrée ces derniers jours décrivent une ministre du Travail transfigurée : elle est devenue très sûre d'elle, très ambitieuse même, elle répète en boucle les éléments de langage très policés de son équipe de com.

Bye bye, donc, la benjamine du gouvernement un peu timide, un brin gaffeuse, qui ne savait pas combien de fois on renouvelle un CDD.

Je l'avais rencontrée après son entrée au gouvernement - à l'époque elle était chargée de la Ville - et c'était encore une grande fille toute simple toute étonnée d'être là, qui racontait avec candeur son enfance au Maroc, sa double-nationalité, sa double culture avec un grand-père musulman et un grand-père catholique éleveur de cochons en Bretagne. Elle m'avait même confié, des paillettes plein les yeux, sa trouille avant son premier conseil des ministres : « Je n'ai pas dormi pendant des jours, pas mangé, j'ai perdu 5 kilos ! »

Méconnaissable, je vous dis.

Car on lui a fait comprendre qu'il fallait qu'elle s'endurcisse de toute urgence si elle ne voulait pas s'écrouler sous la pression à la tête du Ministère du Travail - qu'elle dirige depuis huit petits mois - et sous les coups des députés, un brin machos il faut bien le dire, qu'elle va affronter cet après-midi pour la première fois.

Comme elle dit, « femme, jeune et beur », elle allait forcément en prendre plein la figure.

Et ça n'a pas loupé : on l'a traitée de « nulle », d'« incompétente ».

Mais elle a quelques bonnes fées, Myriam El Khomri : elle tutoie Hollande et Valls, elle est très proche d'Hidalgo -qui dit d'elle « Myriam, je l'aime »- et elle a la cote avec Delanoë, qu'elle a appelé hier pour lui demander conseil. Même Borloo l'apprécie. Il lui avait dit un jour : « Si t'as besoin de moi, n'hésite pas ! »

Loi El Khomri, grand oral face aux députés.
Loi El Khomri, grand oral face aux députés. © MaxPPP

On va voir si elle a un avenir politique, avec sa prestation aujourd'hui dans le chaudron de l'Assemblée. Manuel Valls, qui avait écorché son nom en l'appelant « Myriam El Kawi », l'a prise sous son aile. Il a vite vu tout le potentiel qu'il pouvait tirer de cette énorme bosseuse : 38 ans, encartée au PS, le cœur bien ancré à gauche.

Bref, pour Valls, El Khomri, c'est l'arme parfaite pour freiner les ambitions de son rival Emmanuel Macron. La preuve : elle lui a déjà piqué la moitié de son projet de loi !

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