Jean-Marc Ayrault favorable à un « gouvernement resserré »: il l’a dit ce week-end dans Le Parisien. Un gouvernement dont on comprend qu’il souhaite le resserrer autour de lui-même. Mais cette opération de communication n’est pas forcément une bonne stratégie.

jean-marc ayrault se prononce pour un gouvernement resserré
jean-marc ayrault se prononce pour un gouvernement resserré © reuters

Parce qu'il se pourrait bien que cette interview dans le Parisien agace un peu François Hollande. En tout cas, c'est ce que craignent certains de ses proches. Parce que cela ressemble quand même à une opération « j'y suis j'y reste ! », à un moment où le Président se demande s'il va le garder ou pas à Matignon après les élections municipales. C'est ce qu'on appelle faire une petite « Fillonnite » aiguë, cet étrange symptôme qui frappe les Premiers ministres qui décident eux-mêmes de rester à leur poste.

Or, ce n'est pas la première fois que Jean-Marc Ayrault tente de sauver sa peau en la jouant un peu perso. Souvenez-vous, en novembre déjà, il avait senti le vent du boulet et il avait surpris tout le monde en sortant sa grande réforme fiscale de son chapeau. Je ne sais pas si vous imaginez, mais les conseillers de l'Elysée n'étaient même pas au courant ! Là, c'est pareil, l'Elysée n'a pas relu l'interview ce week-end.

Et s'il y a une chose que le Président déteste par-dessus tout, c'est qu'on lui torde le bras. L'avantage de Jean-Marc Ayrault à ses yeux, c'est sa loyauté. Si la confiance n'est plus là, ça change tout et ça promet une belle pagaille. Surtout que le Premier ministre s'est forcément fait beaucoup d'ennemis chez les « petits » ministres, qui lui en veulent déjà de vouloir leur couper la tête pour pouvoir sauver la sienne !

Il y a autre chose: un petit mot qui pourrait froisser le Président. Je ne suis pas sûre que François Hollande apprécie que le Premier ministre parle à la première personne, en disant: « Un gouvernement resserré ? J'y suis favorable ». C'est un peu, si vous voulez, comme si Jean-Marc Ayrault nous disait: « Moi, Premier ministre ». Souvenez-vous, ce que Nicolas Sarkozy avait reproché à François Fillon en 2007, ça n'était pas d'avoir dit que la France était « en faillite ». Non, c'était d'avoir dit: « Je suis à la tête d'un Etat en faillite ». Nuance...

François Hollande a sa fierté, il a beau considérer que le Premier ministre n'est pas son « collaborateur », il n'aime pas qu'on lui marche sur les pieds. Comme dit l'un de ses vieux copains, « François, il a un ego surdimensionné, un ego plus grand que l'Himalaya, l'Everest et le Mont Fuji réunis. Sinon, il ne serait pas à l'Elysée ! »

Du coup, les actions de Manuel Valls pourraient bien remonter pour Matignon.

Ecoutez le ministre de l'Intérieur, très prudent face aux journalistes, c'était vendredi au Salon de l'Agriculture:

Il est malin, Manuel Valls. Il sait bien, lui, que ça n'est pas le moment de commettre des fautes de carre, pas le moment de passer en force ou de vendre la peau de l'ours. Il a déjà pris un petit coup sur la carafe au mois de novembre, quand il était passé à deux doigts de Matignon, après l'affaire Leonarda. Et ça lui a servi de leçon.

Depuis, il a compris que ça ne servait à rien de s'agiter, qu'il fallait juste être patient. Parce que son destin se joue entre les mains du Président.

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