(Par Renaud Dély)

À gauche, de nombreuses organisations de jeunes appellent à manifester le 9 mars prochain contre la loi El Khomri.François Hollande et Manuel Valls voient dans cette mobilisation la main de quelques comploteurs socialistes.

François Hollande
François Hollande © Reuters / Philippe Wojaser

L’Élysée et Matignon se sont mis sur la piste du Baron Noir. Tout le monde le sait désormais, c’est ce personnage sulfureux, incarné par Kad Merad dans la formidable série que vient de diffuser Canal + . Un élu socialiste prêt à tout pour se venger du Président qui l’a lâché, et même à manipuler en sous-main, un mouvement étudiant. On le sait aussi, cet épisode est largement inspiré de l’histoire de Julien Dray, jeune député protégé de François Mitterrand, qui avait activé ses réseaux dans la jeunesse pour mobiliser étudiants et lycéens contre une réforme de l’Education portée en 1990, par Lionel Jospin et le gouvernement Rocard.

François Hollande aurait donc aujourd’hui la même crainte .Pour un Président, l’angoisse de subir une mobilisation de la jeunesse n’a rien de nouveau. Ce fut aussi le cauchemar de Jacques Chirac, surtout depuis la mort de Malik Oussekine en 1986, comme de Nicolas Sarkozy qui avait connu, lui, les manifs anti-Smic qui avaient fait reculer le gouvernement Balladur en 1994. Ce qui est plus rare, en revanche, c’est que ce genre de mayonnaise prenne lorsque c’est la gauche qui est au pouvoir. Hollande l’avait déjà redouté à l’automne 2013, au moment de l’affaire Leonarda. Cette fois, il est beaucoup plus inquiet car l’appel à manifester émane d‘une quinzaine d’organisations de jeunesse dont le syndicat étudiant Unef.C’est là que se cacherait le Baron Noir qui inquiète le gouvernement.

L’Unef, surnommée « la pouponnière du PS », a toujours été à la fois une école d’apparatchiks roses, et un nid de comploteurs. Parce que les dirigeants de l’Unef se cooptent et qu’ils sont cornaqués par leurs grands anciens. En l’occurrence, le patron actuel du syndicat, un certain William Martinet, est un protégé de Pouria Amirshahi, lui-même ancien leader de l’Unef et aujourd’hui député PS frondeur particulièrement virulent contre le gouvernement. Pour l’Elysée, c’est le suspect idéal. Le souci, c’est que ce n’est pas le seul. Deux autres ex-leaders de mouvements de jeunes, devenus des élus socialistes, sont aussi à la manoeuvre. Bruno Julliard, adjoint à la maire de Paris, qui rêve d’un remake dix ans après avoir fait ses premières armes militantes en ayant la peau du CPE de Villepin. Et même un ex-ministre de l’Education - éphémère, il est vrai - Benoît Hamon, qui a réactivé ses réseaux bâtis du temps où il dirigeait le Mouvement des jeunes Socialistes (MJS).

À en croire l’Élysée, le Baron Noir ne serait pas un mais trois… Et comme tout le monde le sait, un, ça va, mais trois…

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