Même si la situation sanitaire reste inquiétante, le gouvernement commence à réfléchir à la sortie de crise. Et c’est une affaire beaucoup plus politique qu’on ne le pense.

En ce moment, l’unité de compte, c’est le milliard d’euros. L’Etat débourse des milliards pour les jeunes, des milliards pour les salariés. Et il va aussi se lâcher sur le plan de relance. On nous promet 100 milliards d’euros pour que le pays sorte la tête de l’eau.

C’est Bruno le Maire qui est à la manœuvre. Son titre officiel depuis juillet, c’est ministre de l’Economie, des Finances et… de la Relance. A la tête d’un grand Bercy, il distribue les chèques en veux-tu en voilà. Il a déjà destocké 16 milliards d’euros de crédits. Ajoutez à cela, des baisses d’impôts pour 10 milliards. 

« Son job, c’est de l’or en barre », m’a dit un proche du président. C’est vrai, c’est le ministre des bonnes nouvelles. Du coup, certains, dans la majorité, aimeraient bien qu’il partage un peu le gouvernail…

Beaucoup se méfient d’un pilotage par les technocrates de Bercy. 

L’eurodéputé Pascal Canfin demande par exemple un « sommet de la relance » autour des élus locaux, pour les associer dans le choix des financements.

François Bayrou, le haut-commissaire au Plan, trouve, lui, que le plan de relance est « mal calibré ». Il manquerait 250 milliards. Il s’inspire des Américains, qui sont en train de voter une enveloppe colossale…  

D’autres enfin poussent auprès d’Emmanuel Macron à nommer un « Monsieur ou une madame Relance ». Comme on avait eu un Monsieur déconfinement avec Jean Castex. Quelqu’un qui ferait travailler ensemble tous les ministères…

Qu’est que ces tiraillements révèlent ?

La question, c’est sur quoi le gouvernement va mettre le paquet dans les deux prochaines années. Ecologie, formation, emploi… C’est stratégique. C’est pour cela que le plan de relance fait jaser dans la majorité.

Sans compter les conséquences sociales. Car une grande partie des sous sortent des caisses de l’Union européenne… 40 milliards, précisément. Or, Bruxelles demande des contreparties, pour que ces crédits exceptionnels ne servent pas à rembourser notre déficit ou le trou de la sécu.

La France doit donner des gages, présenter des réformes structurelles : d’où le retour ces jours-ci de la réforme de l’assurance chômage. Qui avait été mise entre parenthèses. D’où la volonté de Bruno le Maire, le ministre de la Relance, de rouvrir le débat sur les retraites.

On le voit, ces milliards seront lourds de conséquences pour la présidentielle.

L'équipe
  • Marcelo WesfreidJournaliste au service politique du Parisien / Aujourd'hui en France
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