La démission de Gérard Collomb « à l’insu du plein gré » du chef de l’Etat, c’est le symptôme de trois faiblesses du pouvoir macronien. Lesquelles ?

Par Jannick Alimi

Le départ du ministre de l’Intérieur, c’est d’abord la prise de distance d’une des figures clés de la macronie. Collomb était, on le sait, l’un des premiers à rejoindre Emmanuel Macron, à le soutenir, à le conseiller. Mais depuis quelques semaines, Collomb passe à l’attaque. Et pas seulement pour un caprice lyonnais, mais sur des questions de fond. Macron manquerait d’écoute, d’humilité. Et puis, il y a eu aussi d’autres sujets de divergences : les 80km/h, même si, là c’est surtout à Édouard Philippe qu’il s’oppose. Le problème de l'accueil des mineurs isolés, les retraités et la hausse de la CSG, le manque  de considération à l’égard des collectivités locales.

Et quelle est la deuxième faiblesse qu’illustre le départ de Collomb ?

C’est le retour à Lyon. Et par là, Collomb dont le flair politique est incontesté, sonne l’alerte. Ce qu’il veut lancer comme message, c’est le manque d’ancrage de La République En Marche dans les territoires. La République en Marche dont l’épouse de Collomb est la référente locale. Pourtant, Lyon c’est la terre même de la macronie. Gérard Collomb, maire pendant quinze ans, y avait développé une gestion partenariale gauche droite, à la mode Macron mais bien avant l’heure. Il est vrai que dans la capitale des Gaules, la concurrence est forte avec Les Républicains dont le patron Laurent Wauquiez est le président de Région. Et aussi une Marion Maréchal en embuscade avec son école de formation de cadres politiques. S’il y a urgence à Lyon, il y a urgence partout ailleurs. Et à un an et demi des municipales, c’est un signal alarmant qu’envoie Collomb à Macron.

Et quel est le troisième des maux dont le départ de Collomb est le symptôme ?

C’est le manque de troupes, de cadres politiques et de personnalités capables d’entourer le chef de l’État. Pourquoi Emmanuel Macron a tout fait pour retenir son ministre de l’Intérieur ? Parce que personne dans la macronie ne peut le remplacer au pied levé. Ses successeurs potentiels, Christophe Castaner, Jean-Yves Le Drian ou encore Gérald Darmanin ? C’est toujours le même casting que l’on évoque, à la veille de remaniements, pour les Européennes. Au point que le président doit faire appel à un intérimaire : Edouard Philippe, le Premier ministre. Macron est peut être un président solitaire, mais c’est aussi surtout un président très seul.

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