Avec Benjamin Sportouch, journaliste aumagazine L'Express

françois bayrou prône l'unité nationale
françois bayrou prône l'unité nationale © reuters

Quid de l'alliance qui est en train de se nouer au centre de l’échiquier politique entre François Bayrou et Jean-Louis Borloo ?

Jean-Louis Borloo qui a fondé l’UDI, parti allié de l’UMP, en 2012 est en passe de réussir son OPA sur le centre. Il a tendu la main à François Bayrou et le patron du MoDem est en train de la saisir.

Les deux hommes ont même partagé un déjeuner la semaine dernière, ce qui n’était pas arrivé depuis des lustres. Des retrouvailles en somme entre l’éternel candidat à la présidentielle et celui, on s’en souvient peu, qui fut son porte-parole en 2002 !

Le premier pas de ce rabibochage, ce pourrait être des listes communes aux prochaines élections européennes.

- C’est un revirement à 180 degrés pour François Bayrou qui avait appelé à voter François Hollande entre les deux tours de la présidentielle.

Et à l’époque ce fut un séisme politique. Ecoutons le patron du MoDem pour nous rafraîchir la mémoire. C’était le 3 mai 2012

François Bayrou :

Je ne veux pas voter blanc. Cela serait de l’indécision et dans ces circonstances l’indécision est impossible. Reste le vote pour François Hollande c’est le choix que je fais.

François Bayrou militait alors pour un centre véritablement indépendant de la droite et de la gauche qui pouvait servir d’épine dorsale à ce qu’il appelait une « majorité centrale ». Et en privé, l’ancien ministre n’avait pas de mots assez durs pour qualifier Jean-Louis Borloo. Un vassal de l’UMP dont l’entreprise était vouée à l’échec.

- Sauf qu’au final, c’est François Bayrou qui s’est retrouvé isolé.

Alors qu’à la surprise générale, il faut bien l’admettre, Jean-Louis Borloo parvenait sans mal à créer un groupe parlementaire à l’Assemblée et au Sénat, François Bayrou tentait de survivre, lâché par le peu d’amis qu’il lui restait.

Il opérait un rapprochement avec François Hollande, décernant au président de la République plusieurs satisfécits mais avec un objectif: que le chef de l’Etat acculé par la crise soit obligé de changer de majorité et qu’il le choisisse comme Premier ministre. Rien de moins.

François Bayrou est aujourd’hui obligé de constater que ce scénario était tout simplement un mirage auquel il était seul à croire. Il tape aujourd’hui sans nuance contre le même François Hollande qu’il encensait il y a encore peu.

- Finalement, le voilà contraint de reconstituer un centre-droit

Une nouvelle fois le centre indépendant a vécu. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir François Bayrou participer à cet enterrement. Mais il est bien obligé de reconnaître que le centre en France est de droite. Dans la droite ligne, si je puis dire, de toute son histoire sous la Ve République et de l’ancienne UDF. Le président du MoDem est donc rattrapé par la «realpolitik » française... et aussi par son ambition. On le voit mal s’allier à Borloo et se transformer en second discipliné. Bayrou mise en fait sur le côté velléitaire de Jean-Louis Borloo pour reprendre le leadership du centre.

En bourse, on appelle ça une contre OPA…Eliminer celui qui a voulu vous éliminer. Car François Bayrou a une idée en tête : se présenter à la présidentielle de 2017. Ce sera certainement sa dernière candidature et pour cela il a besoin de sous et de troupes. Et cela vaut bien un retournement de veste.

Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.