Retour du Haut-commissariat au Plan, institution née dans l’après-guerre et disparue des radars en 2006, prenant le nom plus insipide d’agence France Stratégie. Même s’il est vrai que le commissariat a joué un rôle important durant les 30 Glorieuses et même au-delà, il y a un petit côté « hibernatus » institutionnel.

Ce n’est pas bien de planifier, de réfléchir à la France de demain ? 

Si, mais la question est de savoir si l’État est le mieux placé pour le faire. Le problème, c’est la dimension technocratique de l’institution, en lien avec la propension déjà importante de la haute fonction publique de vouloir penser à la place des entreprises, qui, comme chacun sait, n’ont pas de vision de l’avenir, ne réfléchissent qu’à court terme, et auraient bien besoin des lumières de ceux qui n’ont, précisément, jamais mis les pieds dans une entreprise. Pour reprendre la formule du génial penseur libano-américain, Nassim Taleb, va-t-on « apprendre aux oiseaux à voler »...

Il faudrait donc laisser faire, ne pas orienter l’économie ?

Non, même la très libérale Amérique a fait depuis 1958 un usage extensif de sa fameuse Darpa, créée après le traumatisme de Spoutnik en 1957 – quand les soviétiques avaient été les premiers à envoyer un satellite en orbite. La Darpa, organisme chargé de développer des technologies militaires, est à l’origine de nombreuses trouvailles passées dans le privé ensuite, dont le célèbre Arpanet, devenu Internet. On parle souvent d’ailleurs de la création d’une Darpa européenn, dont il existe un embryon, le JEDI. Mais ce serait autre chose que le commissariat au plan. Plus ciblé, et surtout au niveau européen. Finalement, la meilleure mission que l’on pourrait demander au commissariat au plan, c’est de réfléchir au moyen de débureaucratiser le pays, et de faire baisser le niveau de dépenses publiques, dont nous avons le record parmi les pays industrialisés. Il n’est pas sûr que cela se produise…

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