Cela fait des mois que le PS menace de sanctionner les socialistes qui soutiennent Emmanuel Macron, mais rien ne se passe...

Par Jean-Baptiste Daoulas

Cela devient un gag récurrent. Figurez-vous qu’on nous promettait déjà une clarification pour le 17 décembre 2016 : c’était le jour où le PS investissait ses candidats pour les élections législatives. Mais les soutiens d’Emmanuel Macron s’en étaient sortis sans une égratignure, ils ont conservé leur étiquette socialiste comme si de rien n’était.

A l’époque, pour sauver la face, la direction du PS nous avait assuré que, promis juré, des sanctions seraient vraiment prises après la primaire, si des socialistes continuaient à soutenir Emmanuel Macron. Seulement voilà : nous sommes déjà plus deux mois après la primaire, et rien n’a été fait.

Et on a encore assisté à une belle reculade hier. Le sujet des macronistes devait enfin être abordé dans la soirée au bureau national du PS. Mais la réunion a été repoussée à jeudi par Jean-Christophe Cambadélis. Officiellement en raison d’un problème d’agenda de dernière minute : je peux vous dire que l’excuse n’a convaincu personne. Officieusement, il s’agit de ne pas gêner Benoît Hamon avant le débat télévisé de ce soir.

Le PS n’arrive pas à exclure les soutiens d’Emmanuel Macron parce que c’est un casse-tête. Est-ce vous décidez de sanctionner seulement les députés qui ont parrainé Emmanuel Macron ? Ou est-ce que vous punissez aussi ceux qui, comme Manuel Valls, voteront pour Macron, mais sans participer à sa campagne ? Si vous choisissez la deuxième option, ça fait du monde, et le parti risque d’exploser.

Et puis, pour reprendre les mots d’une proche de Jean-Christophe Cambadélis, on assiste à ce qu’elle appelle un “jeu de cons” entre l’équipe de Benoît Hamon et le parti socialiste. Personne ne veut avoir le mauvais rôle de celui qui demande la sanction.

Hier, un des soutiens de Benoît Hamon m’expliquait qu’évidemment il fallait retirer l’investiture PS aux députés qui soutiennent Macron… mais aussitôt il précise : “Nous, on n’est pas des coupeurs de tête. On s’occupe seulement de la présidentielle.”

Sous entendu, les hamonistes refilent la patate chaude au parti socialiste, et donc à Jean-Christophe Cambadélis, qui, lui, n’est pas pressé de se taper le sale boulot.

Si Jean-Christophe Cambadélis n’est pas pressé, c’est peut-être aussi parce qu’il faudra s’entendre avec Emmanuel Macron après l’élection présidentielle. C’est l’arrière pensée que beaucoup lui prêtent au PS. Si Hamon fait un score trop faible à la présidentielle, il faudra bien négocier avec Macron. Et de ce point de vue là, pourquoi exclure des élus avec qui on risque de conclure une alliance un mois plus tard ? Donc pour l’instant, Jean-Christophe Cambadélis temporise. Dans une lettre envoyée aux militants la semaine dernière, il les a mis en garde contre ce qu’il appelle “une Saint-Barthélémy socialiste”.

Et puis, il ne faut pas oublier que, paradoxalement, la principale victime d’une exclusion fracassante des macronistes, ça pourrait être la campagne de Benoît Hamon. C’est ce que craint un pilier de l’aile gauche du PS, qui me confiait il y a quelques jours : “Si on passe une semaine sur l’épuration du parti, on perd encore une semaine de campagne.”

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