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Tweet mélenchon © radio-france

Jean-Luc Mélenchon est encore audible ?

De la manif de Jean-Luc Mélenchon dimanche, on ne va retenir qu’une chose : la querelle de chiffres. Était-ils 7000 comme le dit la police ou 100 000 comme le dit Jean-Luc Mélenchon ? Le débat s’est intensifié – au point que Mélenchon a été au grand journal de Canal+ hier soir pour ne parler que de ca – car une photo a circulé sur les réseaux sociaux. On y voit que Mélenchon a mis en scène une foule alors qu’il y avait peu de monde. L’ironie, c’est que c’est Jean-Luc Mélenchon qui résume le mieux le problème. Sur Facebook hier, il a posté une photo de lui devant un arbre, avec ce commentaire : « photo truquée : les feuilles sont vertes. Mais photo révélatrice : je suis totalement isolé. »

En deux ans, son aura s’est beaucoup ternie. Il était la surprise de la présidentielle. Si François Hollande avait inventé en catastrophe la fameuse taxe à 75 % pendant sa campagne, c’est parce que Mélenchon lui faisait peur ! Et puis il est arrivé 4ème derrière Marine Le Pen. Dans la foulée, il a perdu la législative, contre… Marine Le Pen, encore elle . Et le voilà aujourd’hui qui rêve de prendre la place du PS comme première force de gauche dans le paysage politique, mais qui n’arrive même plus à faire passer le moindre message, même lorsqu’il fait descendre le peuple dans la rue !

D imanche, il a dit "Nous sommes le matin qui va se lever sur l'année 1788" : en somme, il dit que nous sommes aux prémices d’une révolution. Cette manif dimanche, c’était pour appeler à une révolution fiscale. Mais Mélenchon est fasciné par toutes les révolutions. Sa référence absolue c’est Robespierre. Il sait que cela trouble : « Quand je parle de Robespierre, on croit que je veux couper la tête de tout le monde », m’a-t-il dit.

En fait, ce qu’il voulait dire, c’est : « on croit que je veux couper la tête de François Hollande comme Robespierre a fait couper celle de Louis XVI ». Il n’a évidemment pas cette intention, mais il assume sa violence, en disant ceci : « je veux créer de la conflictualité parce que ça crée de la conscience. »

La strategie de la conflictualité n’a pas l’air de beaucoup fonctionner. Pourtant, sur le papier, Mélenchon a un boulevard. Les difficultés du pouvoir, l’Europe qui inquiète, l’austérité aussi… Le Front de gauche, l’alliance du Parti de gauche et du PCF, devrait être au top dans les sondages. Il n’en est rien. « Parce qu'il n’y a pas chez les Français de volonté insurrectionnelle », dit un ministre qui a bien analysé Jean-Luc Mélenchon. Sans compter que Mélenchon est trop violent. À force d’être dans la critique systématique et outrancière, il devient difficile de faire le tri dans ses attaques… C'est contre-productif.

Jean-Luc Mélenchon pense que pour être audible médiatiquement, la seule solution c’est de faire des petites phrases , comme lorsqu’il taxe François Hollande de capitaine de pédalo. Mais sur le fond, il pense vraiment que François Hollande a fait du PS une guimauve sociale libérale. Et qu’il en train de faire la même chose avec la France. Il le vit comme une trahison, lui qui a passé 30 ans au PS. Ce que Mélenchon dit c’est, je le cite : « Hollande, c’est le pire de tous. Il est nul. Tout est à jeter dans sa politique et lui avec ».

Peut-il encore rebondir ? Il sait que les municipales de mars vont être très rudes, puisque son allié, le PCF, va faire alliance avec le PS dans de nombreuses villes. Alors, il compte beaucoup sur les européennes de mai pour faire un bon score. Il est lui même député européen. Mais lavrai élection qui l’intéresse, c’est la présidentielle pour se venger de François Hollande. Je lui ai demandé en octobre dernier s’il serait candidat. Il a répondu : « j’éprouve de la lassitude. Je suis en pleine forme mais ma vie file entre mes doigts. J’aimerais que l’on trouve le moyen de faire autrement. Tout ne peut pas reposer sur moi. » On sait bien pourtant qu’il ne supportera pas que qui que ce soit prenne sa place.

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