Y-a-t-il un problème Macron ?

Encore une fois, le ministre de l’Economie a mis les pieds dans le plat en début de semaine. Sur le pacte de responsabilité, il a expliqué que le grand projet économique du quinquennat était en partie « un échec ».

On en a déjà parlé ici, Emmanuel Macron a tendance à dire sans filtre ce qui lui passe par la tête . Souvenez-vous de ses sorties sur les 35 heures, les illettrés de Gad, ou sur le fait qu’avec la libéralisation des autocars, les pauvres pourront plus facilement partir en vacances.

Mais le vrai sujet aujourd’hui, c’est l’accueil que les parlementaires de la majorité vont réserver à sa loi pour la relance de l’activité. Elle sera examinée en janvier par l’Assemblée nationale. Et on pourrait bien assister à un véritable psychodrame…

Parce qu’aujourd’hui « il n’y a pas de majorité pour la voter », m’assurent plusieurs députés de gauche. L’ancienne ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, l’assure : « A ce stade c’est injouable, et un accident parlementaire n’est pas à exclure. » En gros, ça veut dire que la gauche pourrait rejeter cette loi ordinaire pour se défouler. En petit comité, la leader écolo Cécile Duflot va plus loin : « Il y a dans sa loi tout ce qui peut mettre la France dehors. »

Macron a évoqué ce mardi à l'Assemblée la possible disparition de ces retraites chapeau
Macron a évoqué ce mardi à l'Assemblée la possible disparition de ces retraites chapeau © maxppp

Le problème c’est qu’il y a beaucoup de choses dans cette loi qui heurte la gauche .« La loi Macron est un texte de 107 articles qui sont autant de bombes à fragmentation » , admet dans Le Point le président de la commission des lois Jean-Jacques Urvoas. En l’état, elle s’attaque aux professions réglementées, instaure pour l’instant douze dimanches travaillés par an, permet aux entreprises de favoriser les licenciements collectifs et j’en passe.

Et puis, il y a surtout la manière dont Macron s’y prend pour vendre son projet. « En réunion interministérielle, il dit que face à l’excès de normes, il faut tout libéraliser » , m’a raconté un ministre qui s’étrangle : « C’est le langage du Medef ! » Face à ça, quelques membres du gouvernement s’inquiètent. Il y en a un qui m’a dit : « On va essayer de gauchir la présentation de sa loi, parce qu’avec son discours actuel, il tient quinze secondes devant les parlementaires PS. Il va se prendre des tomates. »

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En est-il conscient ? Il rencontre donc les députés du PS. Il a même invité à déjeuner les plus opposés à la ligne du gouvernement. C’est du travail de négociation, de diplomatie. Ensuite, le texte n’est pas encore connu, mais il a été retravaillé, sur le travail du dimanche notamment, donc attendons de voir le résultat.

Mais de toutes façons, Macron est attendu au tournant. Jusque dans l’entourage très proche de François Hollande, on digère mal l’ascension fulgurante de ce brillant énarque de 36 ans. Les élus aimerait qu’il aille se frotter un peu au terrain, se présenter à une élection pourquoi pas, pour se « confronter au réel » , m’a dit un député. Le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis confiait début septembre : « On m’a dit c’est le Mozart de la finances, le Beethoven de l’économie. J’attends de voir ce qu’il joue. » C’est précisément maintenant que ça se joue.

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