Des responsables du Rassemblement national défileront demain contre la réforme des retraites. C’est presque inédit.

Marine Le Pen
Marine Le Pen © AFP

On avait vu certains de ses membres manifester contre la PMA. Mais, sur un sujet social comme la réforme des retraites, c’est la première fois que Marine Le Pen appelle ses troupes à s’associer à un mouvement de contestation qui va battre le pavé. Certes, la patronne du Rassemblement national a dit qu’elle n’irait pas. "Ce n’est pas le rôle d’un dirigeant politique", a-t-elle précisé. Certes, Marine Le Pen laisse une liberté d’action à tous ses membres. Mais je peux vous dire qu’ils seront nombreux à défiler à Paris comme en province. 

En quoi est-ce si inédit que cela ?

C’est inédit parce que, depuis 2011 Marine Le Pen n’a de cesse de vouloir décrocher ses lettres de notoriété et de crédibilité. De faire du RN le parti de l’ordre et pas seulement une force de contestation et d’opposition, bref, un parti de gouvernement.

Alors quand Laurent Wauquiez, patron à l’époque des Républicains, endossait un gilet jaune avant très vite de le retirer, alors que La France Insoumise légitimait ce mouvement y compris dans ses dérapages de violence, le RN, lui, disait comprendre les manifestants mais sans jamais le suivre dans leurs dérives violentes. 

Demain, au contraire, le RN ne craint pas de se mobiliser et de descendre dans la rue, avec d’autres partis de gauche.

Quelles sont les raisons d'un tel revirement ? 

D’abord, parce qu’une mobilisation encadrée par des organisations syndicales, ce n’est pas la même chose que des manifs spontanées voire récupérées comme celle des gilets jaunes. 

Mais, c’est aussi et surtout  la marque du redéploiement stratégique du RN, du régalien vers le social, vers ces classes modestes, celles qui ont pu voter à gauche voire à l’extrême gauche et sur les quelles le RN veut  renforcer son OPA. 

"Dans la rue demain il n’y aura pas que des syndicats, il y aura aussi des avocats, des artisans,  des populations qui n’ont pas toutes voté pour Marine Le Pen en 2017 mais qui ont été déçu par la politique d’Emmanuel Macron" explique Sébastien Chenu, député RN du Nord. 

Une stratégie qui a été gagnante jusqu’à présent et qu’avait incarnée Florian Philippot, ex bras droit de Marine Le Pen, une stratégie que la présidente après avoir poussé Philippot vers la sortie veut redéployer. Quant à ses propositions en matière de retraite, un referendum et une retraite à 60 ans, on peut les juger démagogiques, elles risquent pourtant de porter le RN jusqu’en 2022, en tout cas jusqu’au premier tour… 

L'équipe
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
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