Depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", les références historiques n’ont pas manqué : on a eu des références à la Révolution française, à la Commune de Paris et à mai 1968… et ce n’est pas tout. Si celles-là sont déjà largement contestables, il y en a d’autres beaucoup plus douteuses.

La marche pacifique des "gilets jaunes" le samedi 2 février 2019
La marche pacifique des "gilets jaunes" le samedi 2 février 2019 © AFP / LOIC VENANCE

Par Eric Decouty

Je ne parlerai pas ici de ceux qui ont pris les "gilets jaunes" pour les communards de 1870, ou comme Mélenchon qui ont affirmé qu’Eric Drouet était le digne héritier de Jean-Baptiste l’homme qui permit l’arrestation de Louis XVI… Là on était plutôt dans la farce historique. 

Il y a pour moi, ces dernières semaines, des utilisations de l’Histoire beaucoup plus graves car plus insidieuses et plus perverses. Je tiens pour exemple les tweets, il y a quelques jours, de la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, qui a osé faire le parallèle entre l’étoile jaune, signe de la barbarie nazie, et les douze étoiles du drapeau européen, signes de liberté. Bref : la référence à la Shoah pour stigmatiser tous ceux qui seraient aujourd’hui hostiles à l’Union européenne. La référence historique est là, non seulement sans fondement, mais recèle une très grossière volonté manipulatrice…

Et de leur côté, les "gilets jaunes" usent-ils aussi de tels moyens ?

Ah oui et sans vergogne ! Eux aussi ont leurs références aux années noires quand ils osent parler de manifestants « gazés » par la police. Mais la manipulation la plus caricaturale date, selon moi, de ce week-end, avec cette marche des "gilets jaunes" intitulée « marche des gueules cassées ». Comparer quelques dizaines de manifestants blessés par la police, aux véritables « gueules cassées », ces centaines de milliers de soldats, baptisés ainsi parce qu’ils étaient revenus défigurés de la Première Guerre mondiale, a quelque chose d’indécent. Plus encore quand on se souvient qu’en décembre dernier une poignée de Gilets jaunes s’en étaient pris à la tombe du soldat inconnu au pied de l’Arc de triomphe. Une telle manipulation de l’histoire de l’Histoire ne sert ni les victimes réelles de violences policières ni les causes originelles du mouvement des "gilets jaunes".

« Manipulation de l’histoire », ce n'est pas un peu fort ?

Lorsque vous faites le parallèle entre la Shoah et l’Union européenne ou entre des Gilets jaunes blessés et les hommes détruits de la Première Guerre mondiale, c’est l’Histoire qui perd tout sens. Et cette banalisation de moments aussi déterminants dans notre Histoire que le nazisme ou la Première Guerre mondiale me semble extrêmement graves.  Comme il me semble grave que ces saillies, ces slogans ne suscitent pas d’avantage d’indignation

La crise actuelle à l’heure de Facebook, Instagram ou Twitter nous dit peut-être aussi que nous sommes en train de perdre nos repères historiques

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