Quand Alain Juppé dit le week-end dernier « Nicolas Sarkozy a le parti, moi j’ai l’opinion », c'est bien plus qu’une pique, c’est une réalité qui va être de plus en plus déterminante.

Alain Juppé et Nicolas Sarkozy au meeting de Bordeaux
Alain Juppé et Nicolas Sarkozy au meeting de Bordeaux © MaxPPP/Fabien Cottereau

C’est même la phrase la plus intéressante de ce week-end de naissance des Républicains, qui ont remplacé l’UMP. Vous me direz que ce n’est pas nouveau dans un duel interne, que l’un tienne le parti et que l’autre soit le chouchou de l’opinion publique. On se souvient d’Edouard Balladur et de Jacques Chirac, avant 1995. Edouard Balladur a atteint des sommets de popularité - c’est d’ailleurs ce qui l’a grisé - et Jacques Chirac était le patron du RPR. On sait comment cela s’est terminé : par la victoire du patron du parti. Nicolas Sarkozy a bien cela en tête, il l’a même rappelé habilement en comparant Juppé à Balladur. On serait donc tenté de dire au maire de Bordeaux de se méfier. Sauf qu’il faut changer de grille de lecture, cette comparaison avec 1995 est obsolète aujourd’hui.

Ce qui a changé, c’est que pour le « parti », on ne parle pas seulement de moyens financiers, même si ça joue. Il pense surtout aux troupes. Sauf que les militants prêts à se lancer derrière un homme dans une bataille présidentielle, à y consacrer leur temps et toute leur énergie, sont de moins en moins nombreux. Et puis, la primaire du PS en 2011 est passée par là, celle de l’UMP en 2016 va passer par là. Et pour ces scrutins si importants, le parti n’est utile, a priori, que pour l’organisation. Pour le reste, le choix de l’homme, le corps électoral va bien au-delà des militants, il est ouvert à tous.

Peu importe qu’on soit encarté ou pas, n’importe qui peut voter et ça peut faire basculer un résultat. Si les seuls adhérents du PS avaient voté en 2011, Martine Aubry l’aurait peut-être emporté face à François Hollande. Et aujourd’hui encore, elle est très populaire chez les militants de gauche, alors qu’on voit bien dans toutes les études que l’opinion soutient plus Manuel Valls ou Emmanuel Macron que la maire de Lille.

Forcément, ça donne des idées à certains.

Je parle de Manuel Valls et justement, on sait bien que le Premier ministre ne veut plus du PS. Il a l’avantage de la franchise et de la clarté : il voudrait changer le nom du parti, l’ouvrir à d’autres, en faire une fédération, bref, tout bousculer. Je pense à Arnaud Montebourg aussi. Depuis de nombreux mois, lorsqu’on demande à ses proches si Montebourg aurait les moyens de revenir seul, sans parti, pour affronter François Hollande, ils nous répondent : bien sûr, s’il le veut il peut, parce qu’il y a les réseaux sociaux qui permettent d’être en prise directe avec les électeurs potentiels grâce à leur smartphone. Et c’est vrai qu’un message bien senti sur Twitter ou sur Facebook a beaucoup plus d’impact aujourd’hui qu’un tract de militant dans une boîte aux lettres.

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