Entre infantilisation et responsabilisation, le gouvernement s’enlise dans un paradoxe intenable. Depuis l’annonce du très léger déconfinement envisagé par Edouard Philippe, deux formes de critiques se mêlent.

Olivier Véran et Christophe Castaner en point presse le 2 mai 2020
Olivier Véran et Christophe Castaner en point presse le 2 mai 2020 © AFP / Francois Mori

D’un côté celle d’une infantilisation des Français déjà privés comme jamais de leurs libertés fondamentales. Avec sans cesse de nouveaux exemples. 

Interrogé hier par le Parisien, le ministre de la Santé Olivier Véran a fait peser une menace sur nos vacances. « En l’absence de traitement et de vaccin, le comportement des Français va avoir un poids considérable », a-t-il ainsi déclaré. 

Avant que Christophe Castaner ne juge bon de citer Lénine pour résumer la période qui s’ouvre : « La confiance n’exclut pas le contrôle ». 

Mais alors qu’il est prêt à nous renvoyer au coin de notre salon avec un bonnet d’âne, le gouvernement en appelle, en même temps, à notre responsabilité individuelle sur des sujets aussi cruciaux que le retour à l’école qui va se faire sur la base du volontariat, ou la mise à l’écart des personnes malades. 

Pourquoi cette double communication n’est-elle pas audible selon vous ?

Face à cette infantilisation, certains répliquent que les Français réclament de toutes manières un Etat nounou ! Sauf que nos concitoyens ont le sentiment de n’avoir pas été bien protégés. Et l’on revient une fois encore, à la question centrale des masques.

Même incompréhension sur la question de la responsabilité. Les parents doivent-ils juger des dangers que courent ou leurs font courir leurs enfants s’ils retournent à l’école ? 

N’est-ce pas typiquement le genre de question que l’exécutif devrait trancher ? Et dont il se défausse sur les maires ?  

Quels risques prend le gouvernement ?

Il y a d’abord le risque d’un étau politique. Entre d’un côté Marine Le Pen, qui a commencé à dénoncer ce qu’elle appelle « l’indécence du gouvernement qui culpabilise les Français », et de l’autre, les élus locaux qui se rebiffent soit en refusant d’ouvrir des écoles ou en tentant de rendre le port du masque obligatoire.

Ensuite, il y a le risque de fixation de points de contestations. Regardez le succès du hastag « Rendez-nous nos plages », notamment en Bretagne. 

Sous prétexte que les Français iraient obligatoirement se serrer comme des sardines sur les plages à peine le confinement terminé, le littoral reste interdit. Même aux riverains pour qui la mer est avant tout un mode de vie. 

Cette vague de colère, Emmanuel Macron et Edouard Philippe seraient inspirés d’en tenir compte, alors que jusqu’ici les Français se sont révélés bien peu « chamailleurs », pour reprendre la nouvelle expression fétiche du président de la République. 

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