Les Verts s'exprimaient surtout sur la transition écologique ou les avantages du bio. Depuis les Européennes, on assiste à un virage : les Verts interviennent de plus en plus sur des sujets plus "régaliens".

Yannick Jadot, député européen écologiste
Yannick Jadot, député européen écologiste © AFP / Thomas SAMSON

Non seulement les Écologistes prennent la parole sur la sécurité ou l’économie mais, en plus, leurs positions sont inédites. Prenez le coronavirus. Voilà une question où les Verts d’hier, je dirais, auraient martelé sur le risque sanitaire, le principe de précaution et les effets pervers des traités de libre-échange... Là, on entend quoi ? Yannick Jadot qui se félicite de la volonté d’Edouard Philippe d’associer tous les acteurs politiques, qualifier l’Hôpital public de bijou à préserver et enfin s’opposer, à l’heure qu’il est, à la perspective d’annuler les élections municipales. Questionné dimanche sur l’agriculture, l’ex-chef de file des Verts aux Européennes ne dit pas un mot des pesticides mais déplore les suicides quotidiens des agriculteurs. La politique énergétique ? L’argumentation de l’euro député s’articule autant au regard des contraintes écolos que de l’impératif de souveraineté nationale.

Pourquoi un tel tournant ?

Tout d’abord, parce que comme Souchon avec les blondes, les écolos avaient des lacunes sur les sujets régaliens. En plus, bien sûr, il y a les élections municipales, les régionales et la présidentielle pour lesquelles les Verts peuvent prétendre nourrir quelques ambitions depuis leur bon score aux Européennes. Or, pour cela il faut se crédibiliser et forger des personnalités et un parti susceptibles de constituer une alternative. Or, même si le réchauffement climatique est devenu une cause nationale et mondiale, la sécurité, l’Education, le social, la compétitivité des entreprises restent des problèmes à part entière sur lesquels les Verts se devaient d’être audibles et, mieux, crédibles.

Peut-on dire qu’ils sont désormais sur orbite ?

Ils en prennent le chemin. Et la nécessité de sauter ce pas qualitatif s’impose peu à peu au sein du parti et de la part de son leader, Julien Bayou. Mais le problème, pour les Verts, est triple. Il faut, tout d’abord, qu’ils s’imposent aux futures élections notamment face à leurs frères ennemis, les socialistes. En outre, le corpus idéologique n’est pas verrouillé. Sur la laïcité, Yannick Jadot ne s’était pas associé à la Marche controversée contre l’islamophobie en novembre dernier, alors que le parti a fait cortège avec les manifestants. Enfin, les bisbilles picrocholines qui ont toujours interdit aux Verts de gravir la dernière marche, ces guéguerres de fond et de personne, ces luttes entre un appareil très idéologisé et un électorat plus souple, elles restent menaçantes. Elles pourraient faire rater aux Verts leur rendez vous avec l’Histoire.

L'équipe
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
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