Par Charlotte Chaffanjon, journaliste politique à l'hebdomadaireLe Point

ayrault poursuit son opération déminage sur les retraites
ayrault poursuit son opération déminage sur les retraites © reuters

Vous avez remarqué, plus personne ne s’interroge sur l’autorité de Jean-Marc Ayrault. C’est déstabilisant ! On s’est tellement demandé si ce premier ministre avait la carrure, l’étoffe pour le rôle. Lui, si fade, terne, impuissant face aux caprices de ses ministres stars… Il passait pour le professeur soumis d’une classe turbulente. « Tu fait chier la terre entière avec ton aéroport dont tout le monde se fout » avait même osé lui lancer Arnaud Montebourg lors de leur accrochage autour de Florange.

Les autres ministres n’étaient pas en reste. Ils ne cessaient de se plaindre de Jean-Marc Ayrault. Ils le trouvaient au mieux inutile. Au pire encombrant. La presse répétait donc que Jean-Marc Ayrault devait imposer son autorité. Entre mai 2012 et l’été 2013, vous pouvez retrouver des dizaines et des dizaines d’articles sur ce thème…

Et puis, plus rien.

- L’autorité retrouvée de Jean-Marc Ayrault : comment expliquer ça ?

D’abord, nous avons tous manqué de mémoire. Jean-Marc Ayrault ne vient pas de nulle part. Il a dirigé Nantes, pendant 23 ans. Et puis, il a été pendant 15 ans patron du groupe PS à l’Assemblée. Il en fallait des épaules pour gérer autant d’égos. Ensuite, Jean-Marc Ayrault en a eu assez de se faire maltraiter. Souvenez-vous, en juillet, Delphine Batho a, la première, fait les frais de ce ras le bol. La ministre de l’Ecologie trouvait son budget mauvais. Elle a pris la porte.

Le message était clair : que plus personne ne moufte dans ce gouvernement de rebelles. Tout l’été, Ayrault s’est ensuite appliqué à rappeler qui est le patron.

Pour cela, il s’en est pris au ministre qui l’agace le plus, qui l’agace au point de ne plus pouvoir le cacher. Je parle du ministre de l’Intérieur Manuel Valls.

- Comment Ayrault s’y est-il pris ?

Deux exemples. D’abord à Brétigny-sur-Orge. Le 12 juillet un accident de train fait 6 morts. Le premier ministre se rend sur place. Manuel Valls est à Nîmes, il tarde donc à arriver sur les lieux.

Et lorsqu’enfin il s’approche, lorsque le directeur de cabinet de Manuel Valls dit à Jean-Marc Ayrault que le ministre arrive dans 5 minutes, qu'est-ce que fait Jean-Marc Ayrault ?

Il répond « très bien merci » et s’en va ! Ayrault s’engouffre dans sa voiture et part, le cortège médiatique dans son sillage. Le Premier ministre refuse de servir de faire valoir au ministre de l’Intérieur. Et puis, plus récemment, le 20 août, après un nouveau règlement de compte à Marseille, alors que Manuel Valls a l’intention de s’y rendre tout seul, Jean-Marc Ayrault décide de l’escorter. Pas question qu’il prenne lumière tout seul. D’ailleurs, petite provocation supplémentaire, le Premier ministre convie même quatre autres ministres à venir. Histoire de bien rappeler à Valls qu’il n’est qu’un membre du gouvernement parmi d’autres.

- Quel est le rôle de François Hollande dans cette histoire ?

François Hollande, c’est le meilleur allié de Jean-Marc Ayrault. Avec eux, on n’est bien loin de la relation délétère qu’entretenait Nicolas Sarkozy avec son « collaborateur » François Fillon.

Ecoutez François Hollande expliquer pourquoi il a toute confiance en Jean-Marc Ayrault. Cela date de novembre dernier mais c’est plus que jamais d’actualité.

Voilà, entre eux les rôles, sont bien partagés. Quand le président précise la semaine dernière volonté de la France de frapper la Syrie, le même jour c’est Jean-Marc Ayrault qui annonce la réforme des retraites. Je peux même vous dire qu’il n’est plus question de remaniement. Vous savez, ce serpent de mer du quinquennat. Les ministres n’osent plus parler d’un éventuel remplacement de Jean-Marc Ayrault à Matignon. Parce qu’ils pensent qu’à part si les municipales sont une bérézina, François Hollande le gardera cinq ans.

« C’est le schéma le plus tentant pour Hollande, car c’est le Premier ministre qui correspond le plus à son fonctionnement, qui pose le moins de problème », confirme un ministre.

Sans compter que Ayrault est l’un des seuls poids lourds du gouvernement à ne pas vouloir la place de François Hollande.

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