Le grand tour de force de Manuel Valls, c'est d'avoir réussi à rayer un mot du vocabulaire de ses adversaires : le mot « couac ». Quand Jean-Marc Ayrault était premier ministre, tous les jours, on parlait de « couacs » pour raconter les divisions au gouvernement.

Et puis si je vous dis « Cahuzac » et « Florange », là, c’est le couac érigé en art. Les élus rapportaient que ce que les électeurs ne supportaient plus, c’était justement ces couacs.

D’ailleurs, Manuel Valls l’avait très bien compris. Ecoutez ce qu’il disait quelques jours après son arrivée à Matignon, en avril dernier :

Apparemment, Manuel Valls n’a pas encore reçu sa commande à Thalès. Car vous savez ce qui a changé depuis Jean-Marc Ayrault ? Rien du tout.

En réalité, Manuel Valls ne comptait pas sur un logiciel, mais sur lui-même. Il avait confiance en sa capacité à faire rentrer tout le monde dans le rang.

Il faut entendre comment ses proches parlent de lui. Le sénateur Luc Carvounas dit tout simplement : « Son ADN, c’est l’autorité naturelle. »

manuel valls tente de redonner un cap à des socialistes déboussolés
manuel valls tente de redonner un cap à des socialistes déboussolés © reuters

On a vu le résultat sur Arnaud Montebourg, ministre de l’Economie de Valls qui a expliqué haut et fort pourquoi il n’était pas d’accord avec la politique économique de la France.

Certes, Manuel Valls l’a tout de suite sanctionné à la différence de Jean-Marc Ayrault, Valls l’a viré. Cet acte d’autorité suprême devait calmer tout le monde, chacun devait surveiller sa parole en tremblant des conséquences . Et bien pas du tout, et c’est même presque pire qu’avant, puisque désormais, chaque acte de rébellion est un défi au Premier ministre. On a vu Christiane Taubira parader chez les frondeurs à La Rochelle, l’air de dire « même pas peur ». Et puis, depuis le nouveau gouvernement, c’est le festival des couacs. Le PS et des ministres s’en prennent au ministre du Travail sur le contrôle des chômeurs, des députés râlent sur le recours aux ordonnances sur le travail du dimanche, Martine Aubry s’en prend à Manuel Valls sur l’encadrement des loyers.

Dans un autre genre, il a fallu gérer l’affaire des 35 heures. Souvenez-vous : à peine nommé à Bercy, Emmanuel Macron disait dans Le Point être favorable à des dérogations et Matignon était obligé de démentir. Ce couac-là est presque comique quand on sait tout le mal que Manuel Valls pense en réalité des 35 heures.

Est-ce qu’il existe une solution pour que les socialistes tiennent une ligne claire ? Cela paraît compliqué, pour une bonne raison. Si l’ADN de Valls, c’est l’autorité naturelle, et bien l’ADN des socialistes, c’est le débat permanent. Sans compter qu’ils n’ont pas franchement la culture du chef…

Une ministre un peu effondrée disait à La Rochelle : « je ne comprends pas, on se tire une balle dans le pied », tandis qu’un député confirmait une légère tendance masochiste au sein de ce parti qui semble incapable de se rassembler derrière un leader.

C’est le cas depuis le départ de François Mitterrand, mais le problème, c’est qu’ils ont enfin retrouvé le pouvoir, ils sont aux responsabilités. Et que le risque est de finir ce quinquennat avec l’étiquette d’irresponsables.

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