Hier, les onze candidats ont croisé le fer pendant près de trois heures à la télé. Un exercice qui change la nature de la campagne présidentielle.

Les 11 candidats à la présidentielle 2017 avant le débat télévisé
Les 11 candidats à la présidentielle 2017 avant le débat télévisé © AFP / LIONEL BONAVENTURE / POOL

Hier c’était le dixième débat. En effet, ça fait quatre débats pour la primaire de la droite, quatre pour la gauche et deux débats entre candidats officiels. Ça fait dix. Et peut être douze, si on compte le débat sur France 2, le 20 avril, s’il est maintenu – puisque vous savez que Mélenchon et Macron ne sont pas très chauds. Sans compter le débat de l’entre deux tours.

Bref, on a changé d’époque. Cette frénésie de débats télé, c’est une révolution : cela change la façon de faire campagne. Les candidats ne font quasiment plus de visites de terrain, de déplacement. Peut-être qu’ils ont peur, qu’ils veulent éviter les traquenards, comme le concert de casseroles ou les sifflets. Ils préfèrent mettre le paquet sur la préparation des débats.

Les candidats savent que c’est là que ça se joue. Dans les jours qui précèdent, chacun se met au vert, se prépare. Benoît Hamon a d’ailleurs fait l’erreur de l’oublier lors du premier débat, le 20 mars. Il sortait, la veille d’un meeting à Bercy, qui a été sans doute le plus beau meeting de cette campagne. Et derrière, il se plante au débat, parce qu’il est crevé. Et il le paie lourdement. Mélenchon lui passe devant.

Benoît Hamon en a tiré des conséquences : il s’est donc préparé différemment cette fois. Il a écourté son voyage à la Réunion, il s’est reposé avant le débat. Les débats, c’est être debout, ou vaguement assis sur un tabouret, pendant trois heures. Il faut tenir physiquement. Il faut aussi savoir gérer le temps. L’équipe de Benoît Hamon avait d’ailleurs mis en place une tactique. C’était, comme me l’a expliqué un proche, de dégainer les principaux messages tout de suite, dès les premières minutes. Pourquoi ? Parce que l’attention des téléspectateurs baisse assez vite à cause de la longueur de l’émission. Benoît Hamon n’a pas suivi sa feuille de route : il a énormément tardé à rentrer dans le match, hier. Contrairement, par exemple, à Philippe Poutou, qui a dézingué tout de suite. Il y a deux stratégies : soit vous attaquez les autres, ce qu’ont fait donc Poutou, Dupont Aignan, Nathalie Arthaud, soit vous gardez votre temps d’antenne pour marteler vos messages. Avec des réponses qui durent une minute trente secondes par intervention, vous ne pouvez pas faire les deux choses.

Les débats sont des succès d’audience. Les gens sont curieux. Mais soyons francs, c’est un peu décevant. Les interventions ne se répondent pas. Il y a peu d’échanges. C’est confus, surtout à 11. C’est difficile de parler du fond. En fait, ça ressemble à un grand dîner de famille, le dimanche, où chacun a ses marottes. C’est intéressant pour dévoiler des personnalités. Cela fait parfois émerger des candidats : Fillon, en novembre. Hamon en janvier, Mélenchon, le 20 mars. C’est aussi très désacralisant. Imaginez, si Hollande avait été candidat, il se serait retrouvé entre Asselineau et Mélenchon. L’époque n’est plus au solennel.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.