par Jannick Alimi

Ils ont l’air de s’être sacrifiés sur l’autel du non cumul. Entre leur siège de député ou de sénateur et leur mandat local, ils ont préféré le second. Un choix a priori étonnant pour des personnalités dont certaines ont même été ministres.

Quelles sont les raisons qui poussent ces hommes et ces femmes politiques à se retirer ainsi sur leurs terres?

La question se pose. Pourquoi ont-ils préféré aux ors du Palais Bourbon ou du Luxembourg, sièges de l’Assemblée nationale et du Sénat, un simple fauteuil de maire ou celui un peu plus cossu de président de métropole ou de région. Un sens de l’abnégation qu’ils ou elles mettent au service du terrain, des territoires et des missions de proximité. Girondins plutôt que Jacobins. Les coulisses plutôt que l’avant- scène, la cale plutôt que le pont. Ils ont pour nom Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Anne Hidalgo ou Carole Delga, ils sont Républicains ou socialistes. Une génération plus toute jeune mais pas encore chenue. Mais attention au mirage des apparences ! Un vieux de la vieille de la politique, ancien ministre de droite, me décryptait: « Ils ont entre 40 et 50 ans, blanchis sous le harnais de deux partis dont on dit que les jours, les semaines ou les mois sont comptés. Alors, plutôt que disparaître avec eux, ils préfèrent rester visibles localement quitte à prendre quelque recul, un peu de répit avec l’effervescence nationale. »

Mais est-ce un répit ou un repli ?

Un répit, plutôt Eric. Comme l’a quasiment conceptualisé Anne Hidalgo prendre la tête d’une métropole comme Paris, c’est se hisser au leadership d’une « ville monde » aux pouvoirs et aux budgets dignes d’un Etat. Élue l’an dernier, présidente du C40, le réseau le plus influent des plus grandes villes du monde, Hidalgo déclarait qu’elle s’efforcerait, à cette place, « de faire respecter l’accord de Paris » sur le climat, qu’elle mobiliserait ce réseau pour l’inclusion sociale et l’accueil des réfugiés. Bref, des propos qu’un chef d’Etat n’aurait pas renier. Et d’ailleurs, cela ne vous aura pas échappé elle trônait vendredi soir à l’Elysée aux côtés du président Macron et de l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg pour défendre l’accord de Paris sur le climat. Et Anne Hidalgo n’est pas la seule à choisir ce registre. A gauche, la socialiste Carole Delga a renoncé à se représenter aux législatives pour conserver la présidence de la région Occitanie, deuxième de la France métropolitaine, Nathalie Appéré a elle aussi préféré sa mairie de Rennes à son siège aléatoire de députée et Johanna Rolland a misé, sur l’hôtel de ville de Nantes, la présidence de Nantes Métropole , la présidence du pôle métropolitain Nantes Saint Nazaire et , je termine, celle d’Eurocities, un réseau de plusieurs villes européennes qui planche sur des enjeux aussi stratégiques que la cohésion sociale et territoriale, les services publics, la jeunesse, la culture, le développement durable. Même tropisme à droite, Valérie Pécresse, à la tête de la région Ile de France, Xavier Bertrand, à celle des Hauts de France, Laurent Wauquiez aux manettes d’ Auvergne Rhône Alpes, et François Baroin qui renonce au Sénat pour la mairie de Troyes et surtout la présidence de la très influente Association des maires de France.

Mais ces quadras ont perdu toute ambition nationale ?

Comme me le susurre un membre du PS : « Hidalgo, Delga, Appéré ou Rolland se mettent en réserve de la politique nationale pour fourbir leurs armes en vue des prochaines échéances, la recomposition et la prise de contrôle du parti ou ... la présidentielle. » La maire de Paris vient ainsi de lancer avec Martine Aubry et Christiane Taubira leur mouvement « Dès demain»; Delga, Appéré ou Rolland et une dizaine de figures socialistes, ont écrit un manifeste pour « réinventer la gauche. » Quant à Pécresse, Baroin, Wauquiez ou Bertrand, c’est un secret de polichinelle, la lutte pour reconquérir les Républicains a déjà commencé, avec la présidentielle de 2022 en ligne de mire. Ils vont tenter de faire mentir Emmanuel Macron et sa stratégie à la Attila. Oui après son passage, l’herbe, à droite comme à gauche, peut repousser.

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