Retour sur la tribune d'Emmanuel Macron sur l'Europe. Elle tourne autour d’une idée qui va être le centre de la campagne de la majorité pour les Européennes : l’idée d’une Europe qui protège.

"L''Europe qui protège"
"L''Europe qui protège" © Getty / Sean Gladwell

Le mot « protection » et ses dérivés apparaît treize fois dans le texte de la tribune. Et si vous prenez le discours qu’Emmanuel Macron a prononcé devant les jeunes paysans au salon de l’Agriculture, il y a dix jours, cela monte à 28 occurrences. Bref, c’est le nouveau dada d’Emmanuel Macron. Il met le mot à toutes les sauces. Dans tous ses discours. L’Europe doit protéger les agriculteurs contre les risques climatiques, contre les fluctuations des marchés, contre le soja transgénique. L’Europe doit protéger les peuples, la démocratie, nos données, notre droit social, etc etc etc. On le voit, le chef de l’Etat a changé de logiciel. Il avait commencé son quinquennat avec un angle d’attaque les progressistes contre les méchants nationalistes. Il a laissé tomber pour une approche un peu fourre-tout mais plus efficace: celle de l’Europe qui protège.

Cela permet à Emmanuel Macron de ne plus passer pour un européiste béat. Car cette notion parle aussi bien aux eurosceptiques, aux protectionnistes et ils sont très nombreux qu’à la frange pro européenne angoissée par les problèmes de la mondialisation. D’ailleurs Emmanuel Macron parle de frontières, de civilisation européenne, de valeurs communes, comme si le peuple européen était à défendre… On est là dans un registre plus conservateur. Dans la tribune de ce matin, l'Europe doit protéger ses valeurs et ses frontières face aux migrations. D’ailleurs, cette référence à l’Europe qui protège, c’est une ficelle déjà employée par l’un de ses prédécesseurs : Nicolas Sarkozy. C’était le thème de l’UMP pour la campagne de 2009. Il y avait même eu une tribune commune Sarkozy-Merkel sur ce sujet. On voit à quel point l’ancien président reste une source d’inspiration pour l’actuel. Emmanuel Macron continue à chasser sur les terres de la droite, là où d’après lui il reste le plus de réserve de voix disponibles. D’ailleurs, les effets ne se sont pas fait attendre. Jean-Pierre Raffarin vient d’annoncer son ralliement à cette liste. Tout cela, quelques jours après la rencontre entre Macron et Juppé. La politique commence toujours par une bataille sémantique.

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