Par Benjamin Sportouch, journaliste politique à l'hebdomadaire L'Express

françois hollande au plus bas dans les sondages
françois hollande au plus bas dans les sondages © reuters

Aussi surprenant que cela puisse paraître, François Hollande pense déjà à 2017 ou plus exactement des proches sont chargés d’y penser pour lui.

C’est tout le paradoxe de nos institutions. Le Président est empêtré dans mille et un tracas. Deux élections, les municipales puis les européennes, pourraient se solder par une sanction sévère des deux premières années de François Hollande… Et pourtant, les yeux sont déjà tournés vers la prochaine présidentielle.

Car c’est l’échéance majeure : avec le quinquennat, tout procède du chef de l’Etat, tout revient à lui. Et le président sortant est naturellement le candidat de son camp. Sous Nicolas Sarkozy, alors qu’il était au plus bas dans les sondages, il y avait bien eu l’hypothèse d’une candidature de substitution. On parlait alors de François Fillon. Mais au final, il n’en fut rien et Nicolas Sarkozy brigua un nouveau mandat.

Il y a de fortes chances pour que le scénario se reproduise avec François Hollande, malgré son impopularité record et l’absence d’une perspective de rebond à court-terme.

D’ailleurs, fin août, quand le Président a dessiné sa vision de la France dans dix ans et de l’avenir, certains y ont décelé l’ambition personnelle d’un François Hollande se projetant à l’Elysée jusqu’en 2017.

Au-delà des mots, y-a-t-il déjà des faits pour porter la candidature de Hollande ? On n’en est pas à imaginer le slogan de campagne de François Hollande, mais des choses s’organisent. Discrètement mais sûrement… Par exemple, le club Démocratie 2012 animé par Jean-Marie Cambacérès, un ancien camarade de l’ENA du Président. Ce club organise le 28 novembre prochain un colloque sur l’image de la France à l’étranger, avec la bénédiction, je vous le donne en mille, du chef de l’Etat. L’objectif est clair même s’il ne sera pas claironné : préparer 2017. Dans le même but, des PME innovantes qui font aussi partie de cette association sont régulièrement conviées à l’Elysée.

Sauf que certains à gauche pourraient lui disputer la place. On pourrait en effet penser à un Manuel Valls qui est au zénith de sa popularité ou à Arnaud Montebourg qui n’a rien enterré de son projet présidentiel. Mais il n’est pas sûr que l’un et l’autre y aient intérêt. Un retrait de François Hollande signerait incontestablement l’échec de son quinquennat et il entraînerait dans sa chute sa majorité et ses dernières icônes, aussi appréciées soient-elles aujourd’hui. Manuel Valls en est d’ailleurs convaincu. L’un de ses proches le confiait récemment : 2017 ne serait pas une bonne affaire pour lui. Il risquerait de payer les pots cassés du sortant. Il préfère donc se réserver pour 2022 et après une alternance à droite.

Personne, aujourd’hui, ne semble croire à une victoire de François Hollande. Ils sont bien rares les élus et responsables socialistes qui parient sur une victoire de François Hollande dans trois ans et demi. Pour créditer cette hypothèse il faut plutôt se tourner vers la droite.

Ils sont nombreux à l’UMP à ne pas exclure une nouvelle victoire de Hollande sur les décombres de leur parti miné par les ambitions personnelles, les divisions idéologiques et la concurrence d’un Front national conquérant. Un ancien ministre de Nicolas Sarkozy en faisait encore récemment devant moi le constat.

Après avoir gagné pour partie par défaut en 2012 face à un ras-le-bol de son prédécesseur, François Hollande l’emporterait par lassitude d’une droite encore plus désespérante en 2017. La gauche en rêve, la droite y croit. En ces temps troublés, on n’est plus à un paradoxe près !

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