Trump a été sous-estimé, mais cet aveuglement est-il transposable en France ?

On ne connaît pas encore le résultat définitif de la présidentielle américaine, mais on sait déjà que Donald Trump a encore été sous-estimé, comme en 2016.

Alors c’est un sujet peut-être pour les sondeurs, mais je vais vous dire, c’est un mauvais réflexe que d’attaquer les sondeurs. Les vrais responsables, ce sont les observateurs, les journalistes, qui sont censés aller sur le terrain, sentir, tâter, et donc voir venir.

De ce point de vue, on ne peut qu’être frappé par l’aveuglement du New York Times, par exemple, très militant côté démocrate, exactement comme en 2016.

L'aveuglement est-il possible en France ?

La question se pose. Une étude de Jérôme Fourquet de cet été dit que la France est de plus en plus à droite. La population journalistique, elle - ce n’est pas une donnée scientifique mais une constatation empirique - est en moyenne beaucoup plus à gauche. 

A part, me dira-t-on, sur C News, cible de nombreuses critiques. Celles-ci s’entendent, bien sûr - et la critique est précieuse - , mais elles paraissent parfois un brin systématiques, au point qu’on peut se demander si elle ne constituent pas, en partie, une défense immunitaire d’un milieu politiquement assez homogène contre cet intrus.

Cela dit, le sujet est peut-être plus sociologique que politique. Après tout, on peut parler honnêtement de gens dont on ne partage pas les opinions. En revanche, si on ne les connaît pas, c’est un problème. 

Il y a quelques jours, Peggy Sastre a signé un article passionnant pour Phébé, le veille d’idée internationale du Point. Il recensait des études universitaires qui démontrent, données à l’appui, pourquoi les journalistes américains vivent en des bulles où ils ne croisent jamais d’électeurs de Trump, que ce soit en raison des lieux où ils habitent, comme de leurs interactions sur les réseaux sociaux. Sa conclusion : les journalistes parlent trop avec des journalistes. 

En France, on a de quoi s’interroger aussi sur ces journalistes qui sont si nombreux à habiter – par exemple – le 11ème arrondissement de Paris, et discutent entre eux sur Twitter, la nouvelle « machine à café ». On peut se poser également des questions sur les écoles de journalisme, usines à bulles d’opinion, où se construit le panurgisme de la profession. 

Il est temps de se réveiller. Sinon 2022 pourrait nous réserver des surprises. Par exemple une version électorale du phénomène des gilets jaunes. En journalisme comme en politique, la bulle est dangereuse.

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