Les deux têtes de l’exécutif se sont répartis la gestion de la crise. Si on schématise, Edouard Philippe, omniprésent, est en première ligne. Emmanuel Macron tente, comme l’on dit à l’Elysée, de « s’économiser ». Pour réussir à sortir le moins abîmé possible de cette épreuve sanitaire pour le pays et politique pour lui

Emmanuel Macron, président de la République et Edouard Philippe, Premier ministre
Emmanuel Macron, président de la République et Edouard Philippe, Premier ministre © AFP / Ludovic MARIN / POOL

Le président de la République se projette déjà dans la sortie de crise. Et cela peut générer des intérêts antagonistes au sein l’exécutif.

C’est pourtant bien Edouard Philippe qui, le premier, a évoqué la question du déconfinement. Mais le Premier ministre répondait à une question posée pour la mission d’information de l’Assemblée nationale par Richard Ferrand, un proche d’Emmanuel Macron. 

Et Edouard Philippe en a profité pour asséner aux Français la réalité. Sans prendre de gants. Le déconfinement sera long et complexe. 

Il s’efforce d’être le plus transparent possible, quitte à devenir le porteur de mauvaises nouvelles. Un choix salutaire mais bien tardif. 

Le Premier ministre le sait, la grande opacité entretenue par l’ensemble du gouvernement autour de la pénurie de masques, ainsi que la volte-face à propos de leur emploi, risque de lui coûter très cher politiquement. 

C’est d’ailleurs à cette polémique-là qu’Emmanuel Macron tente de son côté d’échapper en traçant des perspectives, comme celle d’une future indépendance nationale pour la production de masques d’ici la fin de l’année. 

Observe-t-on d’autres signes extérieurs de tiraillement entre les deux hommes ?

Pas à ce stade. Mais le même débat se joue au sein de la majorité. Vendredi, dans le sillage de Cédric Villani, 58 parlementaires ont appelé les Français à préparer ensemble "le jour d’après" via une consultation numérique.

Aussitôt, Brigitte Bourguignon, une autre députée LREM et pas des moindres, c’est la présidente de la Commission des affaires sociales à l’Assemblée, a appelé ses collègues à "la décence". 

Elle leur enjoint de penser aux nombreuses familles endeuillées qui vivent "le jour le plus long" de leur existence et ne sont pas dans celui d’après. 

Le Premier ministre Edouard Philippe ne disait pas autre chose vendredi aux députés LREM. Selon lui, avec le coronavirus nous sommes entrés, je cite, "dans un territoire inexploré", sur lequel pèsent de "lourdes menaces sanitaire, économique, politique". Et il prévient : l'épidémie "va avoir des effets déstabilisants pendant longtemps". 

Comme un rappel à une réalité que le président de la République ne peut pas enjamber en cherchant, au loin, un bien hypothétique monde d’après.

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