Par Renaud Dély

Mardi dernier, au Sénat, j’ai passé une soirée très sympathique en compagnie d’une espèce en voie de disparition qu’on appelle les centristes.

Mieux que ça d’ailleurs, une variété très particulière puisqu’il s’agit des ex-UDF, un parti qui n’existe plus depuis une quinzaine d’années, et plus précisément une branche de cette famille que l’on appelle les giscardiens. Ah Giscard ! L’accordéon, les éboueurs au petit-déjeuner à l’Elysée, les dîners à la bonne franquette chez les "Franchais"… Toute une époque ! Croyez-moi les diamants de Bokassa, c’était autre chose que ceux de Kim Kardashian !

Hé bien figurez-vous que Giscard, je l'ai vu, à 90 ans, bon pied, bon oeil !

C’était un dîner organisé en son honneur par l’institut Jean Lecanuet, figure historique du centrisme, le « Kennedy français », candidat à la présidentielle de 1965. Et il y avait là toute une brochette de responsables politiques tout droit sortis d’une autre époque : Jean-Pierre Fourcade et ses cheveux en brosse, qui était ministre dans les gouvernements Chirac puis Barre il y a plus de 40 ans, François Léotard, André Santini, François Bayrou, qui lui, n’est pas tout-à-fait à la retraite, les fils de grandes dynasties giscardiennes, les Poniatowski, Dominati, et d’autres, bien d’autres…. Une vraie soirée seventies. Il ne manquait guère que Claude François et Danièle Gilbert ! On se serait cru dans l’émission Perdu de Vue !

Au beau milieu du dîner, dans un silence religieux, Giscard, qui était assis à la table centrale, s’est mis à chuinter quelques avis entendus sur l’Europe, le Brexit ou sur l’Auvergne… évidemment, qui « existait bien avant la France ! » C’était enlevé, souvent amusant, et les convives avaient presque la larme à l’oeil. Ils voyaient défiler toute leur jeunesse militante, pleuraient le giscardisme mais aussi leur idéal européen disparus. Mes voisins de table se sont mis à raconter leurs souvenirs de la campagne de 1974. En bons giscardiens, ils ont évidemment balancer quelques vacheries bien senties sur ce « grand dadais » de Chirac… Bref, une intense séquence nostalgie.

Et quand Giscard a lancé qu’ « aujourd’hui, la France a plus besoin d’un homme d’Etat que d’un Président de la République», je vous jure qu’à la table voisine, j’ai entendu murmurer... « Giscard à la barre ! »

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