Est-ce que le gouvernement aurait pu faire mieux ? C’est un débat, vif, qui ne fait que commencer.

Emmanuel Macron, président de la République et Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires Etrangères
Emmanuel Macron, président de la République et Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires Etrangères © AFP / Francois Mori / POOL

En ce moment, rien n’exaspère plus le gouvernement que les gens qui disent, sur les plateaux télé : "Regardez, la Chine. Ils ont su juguler l’épidémie. Ils ont mis les moyens, eux pour gagner cette bataille."

Cette comparaison les énerve. Les ministres, les conseillers. Ils disent hors micros : arrêtez donc de croire aux chiffres officiels. Les Chinois, ils mentent. D’ailleurs, s’ils avaient dit toute la vérité, on n’en serait pas là. Il a fallu attendre que le virus déferle sur l’Italie pour avoir des informations fiables sur le virus. 

Ce qui est vrai, c’est qu’entre décembre et janvier, de précieuses semaines ont été perdues, faute de transparence. Sans doute, aussi, que le nombre de décès global à Wuhan a été sous-évalué, si l’on en croit les enquêtes indépendantes. 

Pourquoi le gouvernement refuse-t-il d’exprimer publiquement des critiques ?

Pas la moindre remarque désobligeante, devant les caméras. Un conseiller de poids m’en a donné l’explication : "on ne veut pas ouvrir une crise diplomatique… alors qu’on a besoin d’eux".   

Tout est dit. Pour sortir de la crise, il nous faut des masques par millions et des respirateurs. Et des principes actifs pour les médicaments et les tests. On dépend des usines chinoises. Et on n’est pas les seuls. Il y a une compétition féroce. 

Regardez comment les Etats-Unis font monter les enchères. Et comment Donald Trump parle maintenant avec douceur aux dirigeants communistes, lui qui résumait l’épidémie à un "virus chinois".

Les Chinois, à l’origine de l’épidémie, se retrouvent donc à jouer les pompiers du monde…

Et ils n’oublient pas d’en faire un argument de propagande. Sur les réseaux sociaux, ils vantent leurs méthodes, leurs tonnes de masques offerts à travers la planète, et notamment aux pays africains. 

Cette forme de diplomatie intéressée, elle ulcère les diplomates du quai d’orsay, qui rappellent que l’Union européenne est le premier donateur en matière d’aide aux développement en Afrique. 

Parallèlement, la France a discrètement demandé à l’ambassade chinoise à Paris de calmer un peu ses attaques. Sur Twitter, elle a un compte qui n’hésite pas à faire la leçon aux démocraties occidentales. 

Mais pas question de mettre tout ça sur la place publique. Car le gouvernement sera jugé sur sa capacité à tourner cette page sanitaire. Et pour ça, on l’a compris, la fin justifie les moyens. 

L'équipe
  • Marcelo WesfreidJournaliste au service politique du Figaro, en charge du suivi de l'exécutif.
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