J'ai accompagné hier Manuel Valls dans sa tournée des bureaux de vote chez lui, à Evry.

Et je ne le regrette pas, parce que Valls c’était le grand absent hier, il ne s'est pas exprimé. Il faudra attendre ce soir pour l'entendre au journal télévisé de TF1. C’est pourtant le chef de la majorité. D’ordinaire il prend la parole à 20h02 : il veut être le premier à donner son commentaire, à imprimer sa grille de lecture.

Hier, je l'ai trouvé marqué par les attentats. Fatigué. Nerveux. Marqué par la poussée du FN qu’il semblait anticiper. Il allait de bureaux de vote en bureau de vote souvent à pied. Il saluait les bénévoles qui tiennent les bureaux de vote des quartiers qu’il connaît bien, comme Les Pyramides. Il faisait quelques poignées de main, mais les bureaux étaient assez vides.

Personne n’avait alors de résultat, mais il sentait bien que la situation allait basculer. Il avait des commentaires comme « il faut que les partis se dépassent, se recomposent, prennent de la hauteur compte tenu de l’urgence sécuritaire et du danger du Front National ». En même temps le plus probable c’est qu’il culpabilise ce soir la droite en leur disant : « nous on a fait tout notre possible avec nos retraits pour faire barrage à l’extrême droite. Et vous, qu’avez-vous fait ? »

Après cette grosse défaite pour la gauche, Valls n'est pas menacé et c’est tout le paradoxe. Il aurait dû y avoir un remaniement avec un élargissement de la base politique du gouvernement. Et après une défaite, Jean-Marc Ayrault avait été viré. Or avec la crise sécuritaire, Hollande ne veut plus toucher à rien. Il tient à son trio sécuritaire avec Cazeneuve, le Drian et Valls. Hollande sait que la gauche meurt mais que son gouvernement est reconnu pour sa gestion de la crise des attentats. Alors il continue. Valls est maintenu. C’est complètement schizophrénique.

Manuel Valls au Sénat
Manuel Valls au Sénat © MaxPPP/Christophe Petit Tesson

Et puis un remaniement pour faire rentrer qui ? Les partenaires ne pèsent plus grand chose si l’on en croit les résultats d’hier. Du coup, Valls était inquiet sans l’être, politiquement sans l'être personnellement. Je dirais plutôt submergé par tous ces événements qui arrivent et conscient que ça va être très long pour remonter la pente.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.