Manuel Valls est candidat à la présidentielle, quant à François Fillon, il est favori des sondages…

François Fillon en meeting quelques jours avant le second tour des primaires de la droite et du centre, le 25 novembre 2016 à Paris, que
François Fillon en meeting quelques jours avant le second tour des primaires de la droite et du centre, le 25 novembre 2016 à Paris, que © Corbis / Antoine Gyori

Par Solenn de Royer.

Ça ne va pas si mal pour ces deux ex premiers ministres.

On pensait pourtant qu’ils étaient condamnés à « l’Enfer de Matignon ». Une légende tenace, vieille comme la Vème République ! Mais qui n’est pas fausse.

Je vais vous raconter une anecdote. Nous étions en 2012. En pleine campagne présidentielle, donc. François Fillon rentrait d’un meeting. Il était tard. L’avion était en train d’atterrir à Paris… quand soudain le téléphone a sonné. C’était… le président de la République... ! Alors là, que fait François Fillon ? Vous allez dire : il se précipite sur le téléphone, bien sûr ! Eh bien… pas du tout ! Il lève les yeux au ciel… Il a l’air exaspéré… Il dit à son officier de sécurité : « On atterrit, dites au Président que je rappelle…. » (Je vous laisse imaginer la panique chez le garde du corps !) Bref, gros moment de flottement dans l’avion…

Il était donc déjà un peu rebelle, François Fillon, surtout la fin du quinquennat : on sentait qu’il en avait assez de jouer aux collaborateurs. Il se lâchait…

Il m’a d’ailleurs raconté, François Fillon, que c’était toujours comme ça. Qu’un jour, il était même sous la douche et qu’il avait dû répondre au Président, toute affaire cessante !

Manuel Valls a dû, lui aussi, se plier à la volonté présidentielle. Je me souviens d’une scène surréaliste à l’Elysée. C’était en 2014. François Hollande décorait Manuel Valls… Il en avait profité pour jouer avec son Premier Ministre, comme un chat joue avec une pelote de laine. Il avait évoqué Clémenceau, plusieurs fois président du Conseil mais jamais président. Et il avait ajouté qu’on pouvait « réussir sa vie » SANS devenir président de la République ! Et c’était dit avec le sourire, devant la propre mère du premier ministre ! Valls s’était senti humilié par cette scène.

Imaginez donc le plaisir qu’il a aujourd’hui de prendre la place de François Hollande dans la campagne… ! Une belle revanche !

Dans la Vème République, le premier ministre a toujours été le fusible. Mais avec François Fillon et Manuel Valls, c’est un peu l’inverse. Et c’est tout le paradoxe ! Sous la Vème, les Premiers Ministres ont longtemps été beaucoup plus impopulaires que les présidents. Ils sortaient laminés de Matignon! Mais le quinquennat a inversé les choses : désormais, c’est le Président qui prend tous les coups !

A contrario, le Premier Ministre apparaît comme un contrepoint. Fillon, avec son sérieux, compensait les excès de Sarkozy. Valls, avec son énergie, compense le défaut d’incarnation de Hollande. Tous les deux apparaissent comme des recours !

Mais attention, ces anciens premiers ministres sont désormais seuls sur scène. Ils vont être jugés pour eux-mêmes et non plus comme des doublures rassurantes. Au fond, c’est peut-être maintenant que l’Enfer, le vrai, va commencer.

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