Souvenez-vous, en 2017, en pleine campagne présidentielle, Emmanuel Macron n’avait qu’un mot à la bouche : la "bienveillance". Lors de ses meetings, pas question de siffler ses adversaires, fussent-ils d’extrême droite. Parce que l’objectif, et même la promesse, vous l’avez dit, c’était de "réconcilier les Français"

En clair, de renouer avec une France du « vivre ensemble », où le libéralisme économique permettrait, comme d’un coup de baguette magique, de résoudre tous les problèmes d’identité, d’intégration, de discrimination… Bref, de tout ce que le candidat de l’époque avait appelé « l’assignation à résidence ». 

Mais tout ne s’est pas passé comme prévu… 

La première fracture, elle est apparue il y a un peu plus de deux ans, en novembre 2018, c’est la crise des « gilets jaunes ». Elle a signé la révolte du « peuple de quelque part », qui s’est opposé aux « gens de partout », comme l’a résumé à l’époque le journaliste britannique David Goodhart.

Et puis la situation a continué à empirer, les manifestations se sont multipliées, les violences se sont décuplées. Le dernier exemple, c’était évidemment ce week-end. À Paris, et partout en France.

Parce que disons-le, le très controversé article 24 de la fameuse loi sécurité globale a mis le feu aux poudres… Et l’attitude de Gérald Darmanin n’a rien arrangé. Le ministre de l’Intérieur s’est arc-bouté ; il a refusé d’entendre les inquiétudes pourtant légitimes d’une partie de la population sur ce texte jugé liberticide. Et donc il a contribué à aggraver la rupture entre l’exécutif et la rue.

Ce divorce est-il irréversible ?

Emmanuel Macron a 18 mois pour déjouer cette fatalité. Une année et demie durant laquelle le président va tout faire pour apaiser les colères du pays. Alors la crise du Covid, et ses conséquences dramatiques en matière économique et sociale ne l’y aideront évidemment pas. Mais le chef de l’État entend jouer à fond la carte du père de la Nation. Celui qui protège. Celui qui rassemble, au lieu de cliver. 

Il s’y est employé sur le média en ligne Brut, vendredi. Et il compte poursuivre dans cette voie. 

L’écueil qu’il lui faudra toutefois éviter, c’est de renoncer à l’ambition ou à la fermeté de certains projets, comme la loi sur le séparatisme, qui sera présentée mercredi en Conseil des ministres, et qui est ô combien indispensable…

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