Par Renaud Dély

Pendant que gauche et droite rivalisent d’imagination sur la déchéance de nationalité, le FN est déjà passé à autre chose : il cherche le moyen de séduire davantage à droite.

Pour les responsables du FN, il s’agit de tirer les leçons de l’échec du second tour des régionales car quoi qu’ils en disent, le coup a été rude. J’ai discuté avec plusieurs d’entre eux ces derniers jours et ils reconnaissent volontiers qu’au soir du premier tour, ils étaient convaincus de gagner au moins deux régions, le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Paca, avec Marine Le Pen et sa nièce Marion Maréchal. « Si on a perdu, c’est qu’on fait encore peur », me disait hier un proche de Marine Le Pen. Bref, la fameuse « dédiabolisation », ça ne marche pas. En tous cas, ça ne suffit pas pour gagner…

Qui le FN veut-il rassurer ?Ceux que le parti de Marine Le Pen vise, ce sont les électeurs de droite et plus particulièrement les électeurs de droite plutôt âgés, un rien bourgeois et conservateurs. Il ne s’agit de baisser d’un ton sur l’islam et d’atténuer la violence du discours anti immigrés. « Là-dessus, pas de problème, même Hollande est en train de nous donner raison en agitant la déchéance de nationalité », se réjouissait cette semaine un élu FN. Non, ce qui inquièterait l’électeur de droite, c’est la sortie de l’euro. Hé bien Marine Le Pen assure qu’elle est désormais prête à en rediscuter. Ce sera l’un des sujets du séminaire qu’elle a convoqué pour la fin du mois de janvier et où, une fois n’est pas coutume, tous les dirigeants du FN seront invités à s’exprimer librement sur tous les sujets.

Plusieurs dirigeants frontistes sont décidés à évoquer le changement de nom du parti. En le rebaptisant, par exemple, les Patriotes ou les Nationaux, ils espèrent séduire enfin d’hypothétiques alliés pour progresser, voire gagner, lors des seconds tours de scrutins.

« En 2015, on s’est débarrassé du vieux FN, et même du Vieux tout court, en 2016, on doit inventer un nouveau parti », résume un membre du bureau politique. Le seul souci, c’est que beaucoup se demandent ce que Marine Le Pen a vraiment en tête. Au sein du parti d’extrême droite, la méfiance reste de mise car la patronne n’a pas vraiment l’habitude de tolérer les débats internes. C’est même l’inverse. Au FN, les derniers à avoir osé l’ouvrir, comme le député européen, Aymeric Chapurade, ont été virés aussi sec. Et un autre élu un rien insolent explique même que s’il y a un nom, en fait, à changer pour « dédiaboliser » le FN, ce n’est peut-être pas celui du parti, mais… celui de sa présidente. « Le nom qui fait peur aux électeurs, ce n’est pas « Front national », c’est Le Pen »,d it-il. Et ça, évidemment ce sera encore plus délicat d’en convaincre l’intéressée…

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