François Hollande n’a pas l’intention de dissoudre l’Assemblée nationale. Mais alors qui veut de cette dissolution ?

De Jean-Louis Borloo à Marine Le Pen, c’est la grande mode en ce moment de réclamer une dissolution de l’Assemblée nationale par le président de la République. Ecoutez la présidente du Front national, c’était la semaine dernière :

On voit bien le raisonnement : face à la crise qui secoue le pays, le Président de la République n’a pas d’autre issue que de dissoudre l’Assemblée nationale. Les différentes reculades l’ont privé de marges de manœuvre, sa faible popularité l’empêche de rebondir, remanier le gouvernement ne changerait rien et comme il n’a pas l’intention non plus de changer de politique, il ne reste donc que la dissolution. Mais ça, c’est le raisonnement de façade, destiné à masquer les vraies motivations.

Quelles sont les vraies motivations de ceux qui veulent dissoudre l’Assemblée nationale ?

L'Assemblée nationale
L'Assemblée nationale © CC Ma Gali

Une dissolution permettrait à Marine Le Pen d’avoir une deuxième chance d’entrer à l’Assemblée et de faire entrer au Palais Bourbon plus d’élus que les deux seuls de juin 2012. Jean-Louis Borloo de son côté espère qu’une dissolution lui permettra de devenir enfin premier ministre puisqu’il serait le seul à pouvoir composer une majorité avec des éléments venus de la droite et de la gauche.

Enfin, d’autres, à droite, rêvent d’un blocage des institutions qui contraindraient Hollande à démissionner, donc à provoquer une présidentielle anticipée et donc, favoriserait le retour de Nicolas Sakozy… Bref, dans cette histoire, chacun pense d’abord à son propre intérêt et évite soigneusement de voir que François Hollande n’a strictement aucun bénéfice à attendre de cette dissolution.

Pourquoi le chef de l’Etat n’aurait-il aucun intérêt à cette fameuse dissolution? Parce qu’il est sûr de perdre les élections ! Tout le monde se réfère au précédent de 1997. Mais Jacques Chirac et son premier ministre Alain Juppé pensaient l’emporter quand ils ont entrepris cette expérience hasardeuse ! Les calculs des spécialistes électoraux laissaient prévoir que la droite pouvait revenir avec une confortable majorité. Les triangulaires imposées par le FN en ont décidé autrement et permis à Lionel Jospin de devenir premier ministre.

Cette-fois-ci, le contexte est très différent. Avec le niveau de popularité du gouvernement et le niveau d’exaspération des Français, les élus socialistes ne reviendraient pas nombreux sur les bancs de l’Assemblée ! Hollande est sûr de perdre ce scrutin, il n’a donc aucune raison de faire ce cadeau à ses opposants.

D’autant que s’il le faisait et perdait les élections, ses camarades du PS lui feraient porter le chapeau de la défaite et n’hésiteraient pas à pousser un autre que lui pour la présidentielle de 2017. Ça fait quand même beaucoup de raisons de ne pas se séparer de sa majorité actuelle fut-elle turbulente.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.