Par Nathalie Schuck

François Bayrou
François Bayrou © Getty / Thomas Samson

François Bayrou se délecte d'être au centre du jeu pour la primaire à droite. Et il compte bien devenir l'homme le plus influent de France si Alain Juppé est élu président.

C'est ce que me disait un centriste proche de Nicolas Sarkozy, un peu inquiet : « Si Juppé est élu, Bayrou sera le roi du pétrole ! Il fera payer au centuple sa non-candidature. C'est lui qui composera l'entrée des centristes au gouvernement. Et il mangera son ennemi Jean-Christophe Lagarde, patron de l'UDI, à la petite cuillère... »

Figurez-vous que c'est exactement ce que dit François Bayrou en privé ! Il savoure d'être l'homme dont tout le monde parle. Quelle revanche pour celui qu'on présentait comme le mort-vivant de Pau. « Etre au centre du jeu, c'est formidable », voilà ce qu'il dit, avec un grand sourire machiavélique aux lèvres.

Alors oui, jeudi soir, lors du débat télévisé, Alain Juppé a dit qu'il ne lui avait rien promis, et c'est vrai. Entre eux, il n'y a pas eu de marchandages, pas de discussions de marchand de tapis, mais un engagement moral. Entre eux, en vérité, ça a été simple comme un coup de fil. C'était il y a deux ans, Bayrou a appelé Juppé. Il lui a dit : « Tu es mieux placé que moi, je te soutiens ». Point. Il n'a été question ni de Matignon, Bayrou sait que ce serait « compliqué », ni d'un poste de ministre, même si Bayrou n'exclut pas de revenir au gouvernement. Non, le vrai accord entre eux, tacite, il porte sur les circonscriptions pour les législatives. Le patron du MoDem a une grande ambition, il ne s'en cache pas : il veut « reconstruire le centre », et pour ça il lui faut des députés. Il dément le chiffre qui circule d'une centaine de circonscriptions, mais on sent bien que c'est l'idée.

Et c'est ça qui fait de lui un des hommes les plus puissants. Le pari de Bayrou, c'est que Juppé aurait très vite un problème à l'Assemblée, avec des frondeurs sarkozystes. Combien ? Il pense entre 40 et 120, c'est beaucoup. Surtout si vous ajoutez 30 à 100 députés FN : c'est la fourchette qui circule. Et là, vous comprenez que Juppé aurait impérativement besoin des voix du centre pour gouverner. Bayrou ne s'en cache pas, d'ailleurs, il n'a pas du tout l'intention de jouer les « utilités » ! Bref, il s'imagine déjà en grand marionnettiste d'un quinquennat Juppé. Quant au centre, vous le savez, il a coutume de dire, avec humour, que « c'est une brouette pleine de grenouilles qui sautent dans tous les sens ».

Voilà donc les grenouilles centristes prévenues : l'ogre Bayrou compte bien les faire sauter, mais façon fricassée!

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