Par Nathalie Schuck, journaliste politique au Parisien/Aujourd'hui en France

Le silence étonnant du Président sur le drame de Lampedusa

hommage aux victimes de lampedusa
hommage aux victimes de lampedusa © reuters

Rien, pas un mot, pas le plus petit communiqué, silence radio ! Ca fait quatre jours déjà que des centaines de naufragés africains ont été engloutis par la Méditerranée, et quatre jours déjà qu'on attend une réaction du locataire de l'Elysée. Le seul « François » qu'on a entendu jusqu'ici, c'est le Pape, qui a dénoncé, à juste titre, une « mondialisation de l'indifférence ». Alors c'est vrai, Jean-Marc Ayrault a réclamé une réunion d'urgence des dirigeants européens ce week-end, soit deux jours quand même après la catastrophe. Et c'est vrai aussi que c'est tout à l'honneur de François Hollande de ne pas vouloir réagir sous le coup de l'émotion. Seulement voilà, le problème, c'est que son silence sur cette tragédie, qui concerne toute l'Europe, risque d'aggraver un peu plus son image de président techno qui manque d'empathie et donne parfois l'impression d'un deux poids deux mesures : très en pointe sur la Syrie, très prudent sur Lampedusa.

Pourquoi cette discrétion ? On imagine qu'il n'a pas du tout envie que la question de l'immigration vienne pourrir la campagne des municipales. La gauche, dans cette affaire, n'a que des coups à prendre. D'abord parce que c'est le terrain de jeu préféré de l'extrême droite.

Ensuite parce que l'UMP n'attendait qu'un prétexte pour ressortir des placards le sujet de l'immigration et pour faire passer les socialistes pour d'affreux laxistes qui voudraient ouvrir en grand les portes et les fenêtres. Or, c'est tout le contraire. N'attendez surtout pas de François Hollande qu'il régularise en masse, comme Lionel Jospin. Souvenez-vous, pendant la campagne, il avait même défendu des positions très dures pour un candidat socialiste : lutte « implacable » contre l'immigration clandestine, régularisations au « cas par cas ». On l'écoute, c'était en mars 2012 :

C'est ce qu'on appelle, sans se cacher derrière son petit doigt, des « quotas »... Bref, parler de ça juste après Lampedusa, c'est prendre le risque de manquer d'humanité et accessoirement de se fâcher avec les Verts et la gauche de la majorité. Et ça, franchement, ça n'est pas le moment. A droite, on n'a pas du tout ce genre de pudeurs. Jean-François Copé n'a pas attendu que tous les corps soient repêchés pour ressortir un vieux tube de la droite : il faut, nous dit Copé, une réforme de l'espace Schengen, qui transforme d'après lui l'Europe en passoire. Comme si une énorme pression migratoire nous menaçait tout à coup...

L’espace Schengen qui autorise, on le rappelle, la libre circulation entre Etats européens.

Ce que le patron de l'UMP oublie de nous dire, c'est que cette réforme existe déjà ! Si Copé s'empare du drame de Lampedusa, c'est donc peut-être plutôt pour des raisons tristement politiques. Car à l'UMP, on a des envies de revanche. On n'a pas du tout apprécié de se faire doubler sur sa droite par Manuel Valls sur la question des Roms, alors on en rajoute. C’est vrai, on est loin, très loin de la députée UMP Chantal Brunel qui avait proposé en 2011 de remettre les migrants d’origine africaine « dans des bateaux », ce que Copé avait dénoncé.

Bref, avec ce drame humain, la question des frontières est en train de percuter de plein fouet la campagne des municipales. Et c'est peut-être pour ça au fond que le Président a préféré renvoyer le problème à Bruxelles et qu'il a préféré se taire.

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